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21/02/2006

Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près (Extrait 1)

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                                     The Residents

 

Les doigts crispés sur le stylo-bille, j’écris. Je m’habille parfois de mots habiles qui me permettent de me défiler. Les mots, toujours les mots. L’émoi devant les mots qui jaillissent de ma bouche pourtant muette grâce au sang noir qui dégouline constamment de la pointe du stylo.

Je sais… Je sais que je dois dire les mots dans un langage qui est seulement le mien. Le tien aussi parfois, quand nos regards se croisent... Les mots contre l’ennemi. L’emmurer, le tuer ! Lui crever les yeux avec les pics du langage hérissé. Devenir méchant. Devenir très rugueux et déchirer l’autre peau qui se frotte à la mienne. L’autre respiration l’étouffer. Couper court à tout autre discours que celui émanant de mes pores suants. Ne pas tendre de piège. Non. Pas la peine de creuser sous ses pieds un abîme. Pas nécessaire de poignarder dans le dos. Juste ouvrir la bouche et souffler les flammes de l’enfer sur le visage étonné, trop surpris pour prier les idoles obsolètes aux regards déjà absents.

Ne pas chercher à plaire, à déplaire, à se complaire dans un jeu ennuyeux avec des chiens au museau trop teigneux. Interlocuteurs imaginaires… Ne pas faire l’artiste, la star, le numéro dans le système avec le petit tour de piste. Pas de beaux costards, de regard inspiré, de longs discours… Pas de poignées de mains avec des nains (ceux qui mesurent un mètre quatre vingt). Pas d’approximation. Du travail bien fait. Un cadavre soigné, respecté mais saigné.

De l’envie. Bien sûr de l’envie. Mais elle est maîtrisée, contrôlée, éjaculée en petits jets serrés. De l’amour. Aussi. Mais l’âme qui s’alourdit, qui devient une pâte molle et dégouline, dégoûtante, le long des tempes encore tièdes…

J’aimerais jouer à ce jeu. Dans cette béance me glisser... Dans le noir, dans la nuit. Explorer mes profonds abîmes. Je suis la cible. J’oscille de droite à gauche, de droite à gauche… Encore une forme d’hésitation. Mais je veux que le monde sache, quitte à ce que ma tête tombe. Je suis… un criminel ! Je découpais dans le lard. Je dépeçais les âmes, rendais les corps cadavériques. Pas de magie. Non, pas de magie. Là, c’est du silence… le temps que cessent les derniers mouvements, désordonnés, et la petite musique trébuche, le cœur se tait… Comme une fleur qui se flétrit et puis qui meurt… en hurlant.

Les escaliers ne descendent jamais assez bas. C’est ça qui est embêtant… L’escalier de l’enfer. Un verrou sur la petite porte. Pourquoi faire ? Les heures passent. Je suis sans traces de moi-même, j’ai dû me laisser en arrière… Négligence. Je piétine. C’est joyeux. Comme les enfants dans la boue, dans les flaques. Moi c’est dans le sang, mais bon… à part ça. Pas de lumière ici. Peu de lumière, mais une odeur très forte. L’envie de vomir ce qui fait qu’on reste encore un être humain, avec une queue entre les jambes pour enjamber les générations. Pour contaminer l’infini. L’infiltrer, le tirer vers soi par petits coups nerveux… J’ai des envies… pas très banales. Une banane ou une tasse de café ne me suffira pas… Aujourd’hui, je voudrais… monter en montgolfière pour pouvoir m’observer dans haut devenir tout petit… et puis disparaître. Me noyer dans l’anonymat des pucerons humains.


 
 
 
 
 

                                Première partie


                                                                                

 

 

                                          1
 
 
 
 
 

Je n’étais pas tout à fait comme les autres. Ceux qui rient tout le temps en se tapant sur les cuisses… Ceux qui veulent regarder le foot à la télé ou tripoter des gros nibards. Je n’étais pas de ceux-là. Ou en tout cas, pas tout le temps… Je traînais le soir dans les squares désertés. Je me posais sur un banc, comme un gros pigeon noir qui ne roucoule plus. J’essayais de penser. Là, au calme, je tentais de retrouver le fil de mes idées.

C’était difficile. Ça n’arrêtait pas de se bousculer. Comme de grands traits noirs et rouges parfois, qui raturent une page devenue illisible désormais. Un chat s’approche. Je le sens méfiant. Il a raison. Il a raison de douter de ma bienveillance. Non pas que je déteste les animaux. J’en suis un. Une espèce particulière… Mon âme m’anime tant que faire se peut. J’étais un gros animal peureux que la vue du sang, pourtant, n’effrayait pas. Bien au contraire…

La nuit était fraîche ces soirs là. Les oiseaux noirs dans le ciel. De petites ombres qui se déplacent. J’avais peur… peur qu’on sache… pour moi. Il fait sombre mais… prudence. Il faut toujours rester sur ses gardes. Les chats de gouttière ne sont pas les seuls rôdeurs. Je me passai la main sur le front. Il était chaud, brûlant. J’avais la fièvre ! Ma pensée en surchauffe. Je savais bien que tout ça n’était pas très naturel. J’esquissais un sourire. Il n’y avait personne mais c’était pas grave. Seulement pour me rassurer… Je souriais aux démons de la nuit. Je leur disais : « voyez, bande d’enculés ! J’en ai rien à foutre. Ça me fait marrer. C’est tout… »

J’espérais qu’ils m’entendaient, qu’ils me voyaient. Enfin, je ne suis pas certain que je l’espérais… Je l’imaginais en tout cas.

Je regarde ma montre : il est tard. Très tard. Ma vie s’écoule, c’est chiant. On le sent mieux à cette heure là. Les vitres sont noires. Derrière, les gens dorment ou bien font l’amour. Mais ça m’étonnerait, je sens ces choses là. Le chat ne cherche plus à savoir qui je suis. Il a bondi de côté et il va reprendre la direction des toits obscurs.

Je suis seul maintenant. Je décide de me lever et de marcher. Un couple descend la rue et arrive dans ma direction… Ça m’énerve un peu de les croiser. J’aime bien être tranquille quand je marche dans les rues mal éclairées en plein milieu de la nuit. C’est la moindre des choses, respecter la tranquillité des autres. Moi je respectais. J’aimais bien observer un cadavre avec son air pincé. C’était un spectacle unique et émouvant. On sait qu’il est là, mais qu’en même temps il n’y est plus. Ouais… un drôle de truc, la mort, quand même. Moi je n’avais pas de préjugés. Je pensais que si on mourrait, en général, ça devait sûrement servir à quelque chose… ou à quelqu’un. Pas Dieu non. Non, lui, de toute façon… Enfin voilà pourquoi j’aimais pas croiser des gens en pleine nuit quand je déambulais au hasard des ruelles. Ça interrompait le cours de mes réflexions et puis ensuite… je me sentais mal. J’avais envie de mordre le ciment des immeubles… Ça m’aurait calmé. Sans doute. Ça m’aurait sûrement calmé.

Ma main me fait mal. Celle qui tient le stylo… Oui j’écris. Comme ça. Des bribes de phrases sans conséquences. Des mots qui se suivent sans toujours s’enchaîner. J’ai remarqué que je me sentais mieux quand j’écrivais. Je pourrais me droguer, mais l’héroïne ça coûte plus cher.

Un soir dans un bar, une femme toute de noir vêtue, avec une minijupe assez suggestive, m’avait regardé bizarrement. Elle avait l’air d’hésiter à franchir le pas. Elle m’avait demandé l’heure… Moi je lui ai répondu que quelle que soit l’heure c’était peut-être celle de nous rencontrer. Elle s’est forcée à sourire, mais j’ai senti qu’elle me trouvait lourd et sans doute un peu barré. En somme, une certaine intuition féminine l’avait avertie que j’étais à la fois dangereux et peut-être intéressant. Je regardais la mousse de mon demi. On aurait dit un nuage posé sur un océan d’urine miniature… Ça m’a donné encore plus soif. Mais le regard de la nana en noir me gênait. Je sentais qu’elle pensait à des choses sur mon compte et ça je ne supporte pas. Je veux dire de la part d’un ou d’une inconnue qui vous dévisage déjà un peu de loin comme ça avait été le cas. Ensuite la même nana est sortie du bar. Moi, je ne sais pas pourquoi, je l’ai suivie. Ou plutôt si, je sais pourquoi… j’avais besoin de me dégourdir les jambes. Et puis ça m’évitait d’inventer un parcours spécialement pour moi. Elle marchait lentement en oscillant doucement des hanches, mais pas trop. Elle avait l’air détendue. Je me suis dit que c’était tant mieux pour elle, parce que moi en revanche, je me sentais un peu sur les nerfs. A la limite du tic nerveux. J’aurais sûrement tressauté si un chat ou un clébard avait bousculé une vielle canette de bière sur le trottoir…

Je ne savais pas quoi faire, alors de temps en temps, quand un petit cul passait par là, je déboîtais et sans vraiment décider quoi que ce soit je me retrouvais un peu plus tard dans un quartier inconnu en train de contempler une porte d’immeuble  vitrée et un interphone couvert de taggues. Les choses étant ce qu’elles sont, je perds un peu le sens de l’orientation parfois. Un autre soir, j’étais ivre mort et j’avais cru un moment que Dieu me parlait ! Ça me paraissait quand même bizarre qu’il répète sans cesse « you know » à la fin de chacune de ses phrases, mais bon, dans un sens, il avait bien le droit de parler comme il voulait puisque c’était Dieu… Quand j’ai retrouvé un peu de ma lucidité je me suis aperçu que j’étais à moitié à poil allongé au milieu des poubelles. Ça sentait un vilain mélange de vinasse, de choux et d’urine. C’était pas le grand luxe ! Et pourtant, comme dans un flash, pendant une fraction infime du temps je me suis vu très distinctement assis à l’arrière d’une Roll Royce blanche dans un costard tout aussi immaculé avec à mes côtés une superbe mulâtre au visage angélique couverte de diamants gros comme des oeufs de pigeon !

Mais le pigeon c’était moi… J’avais la folie des grandeurs. Je rêvais de poubelles trop grandes pour moi. Je me suis relevé, extrêmement fébrile, et j’ai tenté de faire quelques pas. Je me sentais un peu comme l’astronaute Niel Armstrong faisant la découverte d’une planète étrange et sans gravité. J’avais bien du mal à reconnaître la réalité. Pour moi, ça n’était pas réel tout ça. C’était de la merde ! un point c’est tout. Je suis quand même rentré chez moi, une heure plus tard. J’ai fermé le verrou (la serrure avait été forcée à plusieurs reprises et ne fonctionnait plus très bien) et j’allais m’effondrer sur le lit défait quand je me suis rendu compte… que je n’avais pas sommeil. Les volets n’avaient pas été fermés depuis plusieurs jours et l’aube naissante commençait à chasser doucement l’ombre la plus profonde de la pièce. Je me suis dit que tout ça n’avait aucun sens… Ma vie je veux dire. Pas plus d’ailleurs que la vie de pas mal d’autres paumés dans mon genre. On était tous là, plantés comme des bougies sur un gâteau, et on se rendait compte finalement qu’on servait à rien… Enfin moi je m’en rendais compte. Ce qui faisait ma supériorité sur le voisin, Marcus. Un pochetron dans mon style, mais avec la lucidité en moins et des idées sur la réorganisation de la société qui auraient fait dresser les cheveux sur la tête du gauchiste le plus extrémiste. D’après moi, on vivait tous comme des gros rats biens cradoques sur le même navire, et ce navire n’était rien d’autre qu’un gros morceau de fromage déjà grignoté de tous les côtés. J’aime bien utiliser ce genre de métaphores bidons.

Pour l’instant, je suivais mon programme des trente cinq heures. C’était mon délai officiel pour dessaouler d’une bonne biture. Les ignorants disent que l’alcool est seulement nuisible, mais c’est tout à fait inexact. Au contraire, si ça se trouve, l’alcool nous permet de voir les choses comme elles le sont en réalité. Seulement comme la plupart d’entre nous ne supporte pas de voir trop longtemps la réalité en face on s’arrange pour tomber malade ou bien pour trouver de bonnes raisons de ne plus boire. Ce raisonnement paraîtra peut-être incohérent à beaucoup d’entre vous. Pourtant il a germé dans mon esprit au beau milieu d’une phase de lucidité alcoolique, ce qui devrait il me semble, en garantir la pertinence.

Les jours s’écoulaient et ne se ressemblaient pas… Sauf à considérer que les mêmes évènements se reproduisaient sans cesse. Je me saoulais, je gerbais, je pionçais. Souvent je me demandais si la vie valait vraiment la peine d’être vécue. Mais je n’avais pas fini de me le demander que, déjà, je m’étais endormi… Toujours dans des endroits très incongrus pour ce genre d’activité métabolique réparatrice.

Moi, de toute façon, la vie je m’en foutais. Ce que je voulais, ce qui me maintenait encore debout c’était autre chose. C’est pourquoi j’errais des nuits entières dans les labyrinthes de métal et de béton… A la recherche d’autre chose, justement. Sans savoir vraiment quoi. C’était ça, il me semble, mon problème majeur. Le problème mineur étant de pouvoir rentrer chez moi avec un taux d’alcool dans le sang portant fortement préjudice à mes facultés supérieures d’orientation.

Les gens autour de moi ne semblaient pas, pour la plupart, dignes de confiance. C’est vrai quoi… De grands types ou de petites nanas qui passent la majeure partie de leur temps à bosser dans des jobs qui ne leur plaisent pas plus que ça et qui passent la partie restante à imaginer quelle sera leur vie dans quatre ou cinq ans quand ils seront mariés, qu’ils auront une baraque à eux, un chien affectueux, un joli chat, une vieille belle-mère à garder peut-être, un sèche cheveux Rowenta, une putain de télé seize neuvième, le home-vidéo et avec ça, bien sûr, toujours le même boulot pas terrible les trois quarts du temps, mais mieux payé ! Je ne me reconnaissais pas dans ces gens là. Non. Vraiment pas. C’était carrément des loques… Moi aussi remarquez, mais c’était pas pareil. Non, on ne pouvait quand même pas comparer… J’crois pas.

La nuit moi, je rêvais… Et les yeux ouverts encore ! C’est la meilleur façon de rêver. Sans quoi, forcément, on ne voit pas très bien à quoi on rêve. L’alcool aidant, je décollais dans l’éther. Ouais. C’est plutôt intéressant comme expérience. Vous pouvez me croire. Mieux que de participer à Loft Story ça c’est sûr ! La nuit, les gens sont différents. Même ceux qui sont très cons le jour… Leur connerie prend une nouvelle dimension qui les rendrait presque intéressants. Un peu comme des vers luisants… Le jour ils ont très peu d’intérêt, mais dès que le soleil vient à cligner des paupières ces asticots là commencent à faire leur numéro.

Ma vie ressemblait un peu à un camembert trop fait, tout dégoulinant et bourré d’asticots qui s’agitaient dans tous les sens. Passé minuit ça devenait une vraie boite de nuit, gluant mais parsemé de jolies paillettes mouvantes… Je vous avais prévenu pour les métaphores à deux balles. Chacun son péché mignon.

Le jour je rêvais aussi remarque, parfois. Je ne voyais pas vraiment ce qui se passait tout autour. Tout le cirque. Ça m’intéressait pas. Les gens vont et viennent. Bon, ils font ce qu’ils veulent en même temps. C’était pas mon problème. Des fois il me venait l’envie de tous les voir subitement se dessécher et puis crever, comme les fleurs qui se fanent en accéléré dans les documentaires d’histoire naturelle à la télé. Il me faisaient tous tellement chier. Ils n’avaient qu’a bouffer leurs putains d’hamburgers et choper une bonne encéphalite spongiforme ! Leur cerveau se serait peut-être mis à fonctionner un peu plus sainement ? Qui sait ? Moi l’encéphalite je l’avais de naissance. Elle était peut-être pas spongiforme, mais elle était d’une forme pas banale. Je vous l’assure. Parole de Benoît Collar. Une parole qui, soit dit en passant, en vaut bien une autre, je vous l’accorde aisément. Mais je ne vais quand même pas jurer sur la bible, je ne crois pas en Dieu ! Enfin pas en celui-là en tout cas… Oui, le Dieu unique tu parles. Il n’a d’unique que sont nom ! Mais de quoi est-ce que je causais ? Ah oui, mon encéphalite au profil très personnalisé… Je n’étais pas fou mais… une approche un tant soit peu bâclée de mon profil psychique aurait pu laisser croire le contraire aux esprits les moins perspicaces. Or, quand on sait que rentrent dans cette dernière catégorie au moins les trois quarts de la population, on comprend mieux les motifs d’une certaine hostilité ou d’une incompréhension manifeste, d’ailleurs réciproque, entre votre serviteur et ce domaine étrange peuplé d’être vivants qu’on appelle généralement : les autres.

Entre les autres et moi, ça n’avait pas toujours été une torride histoire d’amour. C’était flagrant. J’avais du mal à m’y faire, mais il fallait bien se rendre à l’évidence : je n’étais pas seul sur terre. Ça n’était pas une grande découverte, peut-être, mais détrompez-vous quand même, car ce sont souvent les choses qui paraissent au premier abord les mieux établies qui, suite à un examen approfondi, s’avèrent totalement erronées. Tenez, prenons un exemple. Marcus, mon voisin de l’époque. Il avait l’air d’un parfait crétin au premier abord… Bon d’accord c’est pas un bon exemple. Mais cherchez vous-même vous en trouverez sûrement. Il est statistiquement impossible que je raconte systématiquement des conneries. Même si j’ai pas fait l’E.NA je ne suis quand même pas tombé de la dernière pluie. Quand j’étais gamin je lisais déjà Ça m’intéresse pendant que d’autres en étaient restés à Pif gadget. Enfin tout ça pour dire que la communication représenta longtemps pour moi un concept hautement problématique. J’entends la communication entre deux ou plusieurs êtres humains ou assimilés comme tel… (décidément Marcus m’obsède).

Par exemple, je préférais toujours acheter mes fringues dans des endroits style grandes surfaces parce qu’au moins je n’avais pas à supporter un de ces vendeurs-ventouse qui cherchait à vous refiler tout le stock de sa boutique quand vous veniez seulement regarder si un de ses falzars coïncidait avec vos critères anatomiques personnels.

J’aimais pas les gens. C’était comme ça…. Et les gens me le rendaient bien. Je rends hommage à leur sens inné de la justice. D’abord, généralement, quand je décidais, au prix d’un effort sur moi-même ou plus souvent par simple nécessité, de m’adresser à quelqu’un, j’éprouvais constamment la sensation que la personne en face ne comprenait pas un mot de ce que je lui racontais. Dans  les bars encore plus qu’ailleurs. C’était quand même pas croyable ! Je ne parlais pourtant pas le dialecte vulcain ! Et mes oreilles n’étaient pas pointues comme celles de Spock ! Un peu décollées tout au plus…

Parfois je posais mes fesses sur un banc dans un jardin public et je regardais passer ces primates bipèdes à l’espèce de laquelle j’ai l’honneur d’appartenir. Quelle chance… Je me demandais bien où ils allaient tous ces blaireaux. Ça allait ça venait comme des fourmis ouvrières. Ça ne s’arrêtait jamais. A force je finissais par en avoir mal au crâne. Ils m’ennuyaient tous prodigieusement. Alors je me levais… et je faisais comme eux, je circulais. J’allais voir ailleurs si le fond de l’air sentait meilleur.

 

Max Lector, Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près ed Le Manuscrit, 2003

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Commentaires

Question existentielle : je suis presbyte et j'ai vu la mort de près... que faire ? Peut-être n'aurais-je pas dû chausser mes lunettes ? (même sans lunettes je la voyais déjà bien).

Max Lector, je me suis autorisée à te citer récemment...

Écrit par : Fée-Tortue | 21/05/2006

Je ne vois guère qu’une seule solution. Aller consulter au plus vite un oculiste occultiste (docteur en aveuglement) et lui demander des lunettes en écaille de fée-tortue…

Me citer ne nuit nullement à la santé malgré une certaine stimulation de la production de radicaux libres.

Écrit par : Max | 21/05/2006

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