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03/03/2006

Carré noir (Extrait 1)

 
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                Hellraiser, le cube de tous les maléfices...

 

 

                                         Prologue

 
 
 
 

Il y a longtemps de ça. Je crois même que c’était dans une autre vie. Ou en tout cas… Mes souvenirs doivent franchir une sorte de barrage émotionnel contre lequel toutes les images se brouillent.

Ça fait si longtemps. Mais les choses évoluent. Avec lenteur, mais elles évoluent tout de même. C’est simplement que… Enfin j’aurais bien voulu m’y prendre autrement. Mieux je veux dire… Mais bon. Il faut croire que ça devait se passer comme ça… Je me demande souvent si j’aurais pu éviter toute cette merde. Marcher la tête en plein soleil pendant toute une vie. Peut-être… Ou peut-être que ce n’était pas aussi souhaitable que ça. Que le long détour par les abîmes en valait quand même la peine. On apprend qu’en voyageant de nuit. C’est dans l’ombre que l’ouïe se fait plus fine et que l’on peut sans doute recueillir quelques enseignements secrets.

C’est vrai que la nuit m’a toujours inspiré. Frisson étrange qui parcourt des réseaux occultes de neurones dans le cortex et certains plan complexes du système nerveux. Ce qu’il faudrait quand même réussir c’est à y voir un peu plus clair. Je sais que je ne possède aucun pouvoir particulier. Je suis sans doute un crétin parmi d’autres… Et pourtant, tout un pan de mon paysage mental semble marmonner dans son langage propre des choses insaisissables pour l’intelligence humaine ordinaire.

Il a sûrement dû se produire quelque chose. Il y a si longtemps… Que la mémoire se laisse berner par des trompe-l’œil grossièrement installés sur des points névralgiques de mon inconscient.

Si je pouvais revenir. Rembobiner jusqu’à la scène fatale. L’heure et la minute précise où peut-être… tout a basculé. Comme une bagnole lancée trop vite sur une voie glissante en pleine nuit qui sans presque de bruit s’envole dans le ravin…

Il y a des gens qui meurent. Et puis qui ne s’en aperçoivent que très longtemps après… Evidemment c’est curieux. On ne s’en douterait pas au premier abord. Et ça remet pas mal de choses en question… Moi qui croyais comme tout le monde que la mort c’était un truc plutôt… radical.

En fait ça l’est. Ça reste bel et bien quelque chose d’extrême. Un passage radical oui, et même irréversible. Mais il y a autre chose… Derrière tout ça il y a autre chose… La vie progresse par fractures successives. La mort lui sert de ciment, en quelque sorte… Si vous croyez que vous avez toujours été celui que vous vous imaginez être à présent… Vous croyez que vous n’êtes jamais encore passé par le trépas ? Peut-être… Les illusions les plus puissantes persistent bien longtemps après le dernier souffle…

Bon… Je ne prétends pas être allé là-bas et ensuite être revenu… Façon club Med de l’au-delà… Non, ce serait présomptueux. C’est juste que… Il s’est bien passé quelque chose… Ça n’a l’air de rien comme ça, mais l’univers entier, il m’a semblé, s’est mis à trembler pendant quelques instants. C’est toujours quelque chose d’impressionnant.

 

Les gens me trouvent bizarre… Depuis toujours. Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce qui peut leur refiler cette sale impression ? J’aimerais bien qu’un de ces jours on me réponde. Que quelqu’un me dise d’où vient le malaise. C’est vrai quoi… Il faut en parler. Dire les choses. Dire avant que tout le processus ne devienne trop pesant et nous entraîne, malgré toutes nos résistances, jusqu’entre les rouages de la sombre machination… Personne ne résiste bien longtemps à une pression pareille. Je sentirais progressivement chaque parcelle qui définit mon être imploser lentement. Je serais broyé comme un vulgaire pantin en plastique qui passe sous la roue d’un dix tonnes. J’ai pas trop envie de finir comme ça. Vous me comprenez ? Il doit sûrement y avoir de meilleurs scénarios. En cherchant bien… Je ne tiens pas à ce qu’on me voit les tripes à l’air et l’œil qui pendouille au bord de ma boîte crânienne défoncée. Pas ce genre d’esthétique là. J’aimerais vivre encore un peu. Un tout petit peu. Il me reste encore quelques choses à faire. Comme par exemple raconter toutes ces histoires qui n’arrêtent pas de défiler sur l’écran cinémascope de mon putain d’imaginaire.

Ça arrive d’où toutes ces images ? Ces dialogues entre des individus qui n’existent plus ou qui d’ailleurs n’ont jamais existé ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

 

Max Lector, Carré noir, 2006

Commentaires

Je restais assis à califourchon. Au milieu de la pièce. Plus de quinze minutes comme ça, sur le parquet à écouter des voix de robots. Un genre de voix de robots. Je regardais la cheminée bouchée et j'écoutais tous les robots qui étaient coincés dedans.

La suite sur:

http://hirsute.hautetfort.com

Écrit par : Andy Verol | 09/03/2006

un livre tout simplement boulversant. le club des unijambistes normopathes de séte soutiennent a fond ce jeune ecrivaint talentueux a la conception a la fois paradoxale et gastro revolutionnaire de la vie.

Écrit par : le chat maigre | 13/03/2006

Chapeau Chat maigre ! L’union jambiste fait la force…

Écrit par : Max Lector | 14/03/2006

salut a toi au grand max lector, nouveau detracteur de la page blanche. je reviens plus fort que jamais pour te dire que tu connais bien ton sujet en ce qui concerne les dismorphies mentales de l'etre et donc du néant comme disait un certain psychopathe. je ne parle pas du psychologue pour les pates, giovanni panzani. ca c 'est pour la vanne. mais voila je m'amuse toujours autant comme tu peux le constater. bisous a tout le monde. et n'oubli pas: la connaissance de l'autre est moins dans ce que nous savons de lui que le peu que nous connaissons de nous méme.

Écrit par : le chat maigre | 22/03/2006

Ah… La psychologie des pâtes. Une bien belle science trop négligée par nos grands hommes.
Je rebondis d’un geste félin sur ta remarque concernant l’em-pâte-ie.
Si vraiment nous ne connaissons des autres que le peu que nous connaissons de nous-mêmes, alors j’en déduis que Socrate, celui qui prétendait ne savoir qu’une chose c’était qu’il ne savait rien, dut être un précurseur de l’autisme philosophique, autrement dit du solipsisme, autrement dit cartésien avant Descartes mais sans le "cogito". Un peu pâte et tic…
En fait ce que nous ignorons notre questionnement lui-même révèle que nous en avons malgré tout une certaine compréhension. A condition bien sûr de parler allemand… Ce qui nous ramène au fameux Dasein, concept cher, je le sais, au Chat Maigre qui en reste marqué (tatoué même) à vie.

Mais est-ce que quand le Chat Maigre dort, les souris se dan-dinent ?

Écrit par : Max Lector | 23/03/2006

je pense au grand max, qu'un clivage s'oppére en toi.si bien qu'une partie s'oppose a l'autre. on le voit très bien dans ton dernier livre: le gargarisme pseudo retro actif. peux tu nous en dire plus?

Écrit par : le chat maigre | 29/03/2006

Bonjour Max Lector,
Eh bien ça s'appelle décrire de façon magistrale, et belle, et émouvante, comment l'on se sent clivé.

Je rejoins le Chat maigre quant à :"la connaissance de l'autre est moins dans ce que nous savons de lui que le peu que nous connaissons de nous même."

J'ai découvert ton site et tes écrits hier.... suis trop impressionnée pour en dire plus !


Une tortue clivée qui "rembobine" énormément pour cause d'amnésie de l'âme fracturée...

Écrit par : Tortue | 29/04/2006

Une chat maigre, une tortue... Ca devient une vraie ménagerie par ici!! Enfin... Comme je suis moi-même un drôle d'animal je suppose que ça coule de source.
Double ou clivé, telle est la question, pour revenir à nos moutons.

Écrit par : Max Lector | 29/04/2006

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