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18/03/2006

Apesanteur (Extrait 2)

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                        De l'importance des repères...

 

Il faudrait que le sol se fende, que la terre éclate. Ce serait bien si tout ça prenait fin, ce serait libérateur, enfin je crois… Mais peut-être ais-je tort ? Peut-être que la mort c’est énervant ? Dans ce cas, que me reste-t-il à faire ? Comment m’éloigner du néant sans tomber dans un plus grand néant et ainsi de suite à l’infini ? Comment ne pas dévaler la mauvaise pente ? Comment cesser d’être un pantin pitoyable qui arpente le sol de sa cellule mentale, de son cocon tissé de connerie sclérosée ? J’imagine le pire et le meilleur n’arrive pas pour autant… Toutes ces données sur les dérives de notre univers me suggèrent un doute assez troublant sur le sens improbable de l’existence humaine en particulier.
Personnellement je ne sers pas à grand chose au reste de l’humanité. Voilà au moins un point à peu près certain… Je suis sorti du ventre de ma mère, on se demande vraiment pourquoi, mais maintenant que me voilà sur la grande scène, il va bien falloir que je trouve mon rôle… Ce n’est pas très drôle. A moi de jouer dans le registre du comique… Le comique de la situation : seul perdu dans un immense cosmos à chercher un sens pas trop bancal à tout ce bordel ambulant ! Chercher, toujours chercher et pendant ce temps oublier un peu que de toute façon on ne peut rien trouver qui en vaille la peine. Le cercle est vicieux mais sa vitesse de rotation, en provoquant un léger vertige, empêche la conscience de trop faire preuve de lucidité. L’inconscience garde toujours le contrôle final de la situation, une certaine inconsistance nous permet de ne jamais saisir trop clairement notre vrai visage dans le miroir  embué de l’introspection. Peut-être que cet instinct pré-conceptuel, ce réflexe non réflexif nous sauve d’une souffrance autodestructrice insurmontable ? Peut-être que si je me voyais vraiment, je ne verrais rien dans le miroir ? Et cette absence serait si pesante qu’elle briserait chaque vertèbre de mon dos… Peut-être que je joue simplement à m’auto-déprécier ? Auto-flagellation par simple flagornerie ? Difficile d’apprécier la part de vérité et celle du jeu, mais je suis perdant il me semble, assez souvent…
C’est vrai que je suis joueur, j’apprécie l’aléatoire qui côtoie le merveilleux, cette montée d’adrénaline qui souligne combien les murs de nos cellules d’humains déchus sont couverts de lames de rasoir. Pas question de s’appuyer dessus, pas question de trouver le repos… Il faut nécessairement s’éclipser dans d’autres temps, à travers des récits, des romans, l’univers si lointain de l’art, un passeport pour l’ailleurs. La littérature me sert de nourriture, les mots sont des doses de lumière solaire condensée jusqu’à devenir de la pure pensée. Ma lucidité tente d’élucider la nature très secrète de ce rapport ambigu entre les mots et les objets qu’ils décrivent. La clef de ce mystère me révèlerait pourquoi ma parole a pris tant d’importance à travers l’écriture. J’essaie de comprendre, j’essaie de savoir ce qui fait que l’usage des mots apaise en moi l’acide douloureux des plaies encore  

béantes. Comment de simples signes, de simples dessins très sommaires tracés à l’encre monochrome peuvent-ils posséder un tel pouvoir ? Comment, je l’ignore, mais c’est un fait avéré qui m’étonne chaque jour un peu plus. L’écriture est une thérapie, le cri écrit guérit ou du moins apaise considérablement me semble-t-il… La souffrance s’efface mieux que les lignes sous ma main, le langage est un gage de sûreté, le seul instrument sur lequel je puisse réellement compter. J’aime décrypter mes hiéroglyphes émotionnels à force d’insister sur ce travail de transcription, sur cette façon de condenser des idées dans des formes matérielles, des taches d’encre sur du papier. Une seule phrase, si elle est en phase avec mes processus les plus intimes, peut atteindre de par son pouvoir thérapeutique les régions les plus sensibles de ce mal qui sans cesse me ronge. Tout n’est certainement pas clair dans cette façon de s’exprimer en extrayant du sol imaginaire les chimères métaphoriques, figures de démons très destructeurs. Les mots ont leur manière bien particulière de m’affecter. Etrange propriété… Les mots s’en mêlent et voilà que je parviens à démêler un fil, à y voir un peu plus clair l’espace d’un instant, entre deux virgules du flux mental qui circule sur l’axe de la durée des songes. A force de malaxer, triturer, analyser, décortiquer les symptomes de mon mal être, je finis par devenir le siège d’un conflit de concepts, le territoire non balisé sur lequel les différentes facettes de mon ego s’égorgent avec entrain. Je suis le soldat de plomb qui coule lentement dans le magma de son enfer personnel. Ce qui protégeait si bien du monde extérieur, cette coquille de métal que le mental étalait sur ma peau, tend désormais à devenir une sorte de tombeau blindé ! Mon armure est une arme à double tranchant qui découpe dans la fibre sensible de mon ego des morceaux vitaux qu’elle éparpille au vent des grandes pensées fluentes et redondantes, de ces idées obsessionnelles qui entraînent une certaine désagrégation… Seule l’écriture est un écrin suffisamment luxueux pour risquer de s’y laisser enfermer. L’écriture-écran protège de la trop grande intensité lumineuse, de ces radiations nocives qu’émettent les sources de trop grande douleur.

Je tourne autour du pot, autour de mon axe d’écrivain nombriliste, d’équilibriste qui jongle au-dessus d’un grand vide en simulant la facilité d’un sourire un peu tendu… On dira sans doute que ce charabia, tout ce que j’écris sur moi et sur le monde dans lequel je flotte, est beaucoup trop abstrait, éthéré, coupé des réalités quotidiennes. En un mot, on dira probablement que c’est chiant… Mais bon, encore faudrait-il pour cela que j’aie des lecteurs… Pour le moment, mes lecteurs sont plutôt virtuels, des oreilles et des yeux imaginaires auxquels peut-être je pense parfois sur le mode d’un état semi-conscient. Pourquoi écrire si ce n’est dans l’espoir d’être un jour entendu ? L’écriture est une forme de communication. Pour quel type d’interlocuteurs ? Des images virtuelles un peu floues ? La lectrice x ? Ecrire pour se raconter ? Pour les souvenirs ? Pour fixer quelques instants hors du flux ininterrompu de la durée ? Je n’en sais rien. Je sais une chose : je dois le faire. La littérature est ma seule véritable planche de salut je crois…

 

Max Lector, Apesanteur Ed Le Manuscrit, 2002

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Commentaires

écrire un don de soi à soi??,

Écrit par : if6 | 20/03/2006

Oui sans doute y'a un peu de ça... Plutôt nombriliste vu sous cet angle... Mais le paradoxe est que toute tentative pour s'exprimer vise forcément un interlocuteur possible. Parler aux autres pour mieux communiquer avec son moi profond?

Écrit par : Max Lector | 21/03/2006

l'écriture est une thérapie. est-ce que tu le vois comme ça? je pense que oui, ça permet de comprendre , ecrire c'est aussi ne pas parler, se taire.. hurler sans bruit( m.Duras) etre dans une solitude totale ou seule l'écriture peut sauver, mais il y a quelque chose de sauvage et de dangereux, et puis tout le reste jusqu'à la reconnaissance.
écrire dans la légèreté ?est-ce que c'est possible?
en tout cas c'est très interessant ce que tu écris. @+

Écrit par : if6 | 21/03/2006

J'ai compris ! Max Lector c'est l'anagrame côté obscur de Calme Thorax autrement dit "celui qui respire sereinement" en langage Cherokee...
Si le 6 fait une rotation de seulement 90°, il ne devient pas un 9 mais une sorte de hiéroglyphe à déchiffrer. Bien à toi.

Écrit par : Le Tamalou | 04/04/2006

Par Saint Kremly et la petite cuillère !! Je suis démasqué !
J’aurais bien dû me douter aussi que le Tamalou maîtrisait le dialecte "pot" rouge et ses dérivés…

Écrit par : Max Lector | 04/04/2006

tes compliments sur mon blog me touchent beaucoup, parceque j'aime aussi ce que tu fais
je suis d'accord , l'écriture écran protège de la trop grande douleur, j'ai au moins compris ça, mais au bord du précipice il y a deux solutions soit tomber, soit s'envoler, et une 3ème, regarder autour de soi. bon @+++

Écrit par : if6 | 04/04/2006

Mes compliments sont sincères. C'est vraiment bien ce que tu as écrit. C’est marrant ce que tu dis là ça me fait penser au philosophe Gilles Deleuze et à son fameux "plan d’immanence ".
Si on ne fuit la douleur dans aucune forme de transcendance, ni dans les nuées théologiques, ni en chutant vers quelque abîme ténébreux (Comme une forme d’addiction par exemple) alors peut-être que comme tu le dis on peut non seulement regarder autour de soi mais tracer vers cet(te) horizon(talité) de nouvelles lignes de fuite. Traverser les frontières qui semblaient devoir maintenir des territoires isolés comme des catégories de pensées rigides… Opérer des métissages d’idées et de sentiments qui ouvrent de nouvelles portes là où tout ne semblait pourtant fait que de murs lisse et impénétrables… Se métamorphoser soi-même au mépris de règles soi-disant immuables pour engendrer le changement autour de soi. Créer au fond…
Bon y faut que j’m’arrête là j’ai la cafetière qui fume ;-)))
@+

Écrit par : Max Lector | 04/04/2006

je n'ai pas lu Deleuze, juste qques trucs par là, alors je suis contente d'avoir découvert par moi même, cette espèce de solution qui ne résout rien cependant, car la douleur est aussi physique. mais transcender, sublimer , beaucoup n'en sont pas capable.chercher sa singularité et l'exprimer, c'est de la création pure au même titre que la peinture, tu regardes le foot ce soir??? ça aussi c'est pas mal non?
à@++

Écrit par : if | 04/04/2006

la natation j'adore , bon à un de ces jours par ici... pour la suite de tes aventures dans ta salle de bains.( c'est pour rire hein!) @++

Écrit par : if | 04/04/2006

Dans ma baignoire... en apesanteur hu hu!!

Écrit par : Max Lector | 05/04/2006

Alors là oui! Je dis OUI!
Oui à l'écriture libératrice, à l'écriture profonde, celle qui, par le partage, permet à l'Homme de rester un long moment serré dans ses propres bras, tout contre lui au plus près, en fusion presque.
L'écriture, pour moi novice et polluante, me donne la rare occasion de libérer mon flux douloureux; bien que la douleur soit sublime.
L'écriture est ma meilleure oreille parce que parfois c'est un peu le foutoir synaptique... Je me recentre. L'écriture est ma thérapie, celle qui me déculpibalise, me libère, me soulage, me renforce, me rend Force!
"Un écrin luxueux" pour y enfermer sa vie, l'enfermer et la libérer surtout...
Aussi virtuelle que tu l'imagines, aussi vivante que je le suis, c'est un plaisir de te lire.

Écrit par : marie | 05/04/2006

Merci merci merci Marie… Pour tes compliments et pour ta flamme. La puissance libératoire du verbe à déjà commencé son chemin en toi. Ca s’entend dans tes mots.
Ce qui est très plaisant c’est que les bloggers (ou geuses) qui apprécient mes écrits ne sont visiblement pas non plus ceux ou surtout celles qui écrivent le plus mal. Et c’est plutôt flatteur pour moi. ;-)
A bientôt…

Écrit par : Max Lector | 05/04/2006

Un bon texte appelle un bon commentaire...
Le plus important, la plus belle sensation est de pouvoir lire l'implicite, n'est-ce pas?
"La plupart des gens sont troublés par les passages des écritures qu'ils ne comprennent pas. Pour ma part, je remarque que les passages qui me perturbent toujours sont ceux que je comprends." Marc Txain.

Écrit par : marie | 06/04/2006

Parfois on comprend quand même ce qu’on ne comprend pas et c’est souvent ça le plus intéressant. (Ca y est je commence à m’exprimer comme Jean-Claude Van Damme hu hu !!)
Comme si deux inconscients (celui de l’écrivain et celui du lecteur) communiquaient par le biais de mots qui ne paraissent univoques qu’aux non initiés…
Paradoxalement, je dirais de mon texte "Apesanteur" qu'il est plutôt souterrain...

Écrit par : Max Lector | 06/04/2006

Ton texte s'appelle Apesenteur parce qu'il est de bon ton de se sentir plus léger après avoir visité les entrailles.
A demi cachée derrière cette porte, je te vois fouiller en Toi comme on plonge les mains dans un grand sac de lentilles, pour le délice de la sensation, pour le vertige que ça procure de fouiller sans véritablement chercher.
Et toute exploration est Plaisir...
L'auteur et le lecteur peuvent être parfois, l'espace d'une apesenteur, univoques.

Écrit par : marie | 06/04/2006

Joli commentaire. Un « sac de lentilles »… Drôle d’image mais pas déplaisante. Ce légume sec m’évoque ce qui est à la fois fécond (qui nourrit) et fossilisé (desséché)… Et puis par jeu de mot aussi un jeu de lentilles optiques qui sont comme les mille yeux de l’écriture envoyés en explorateurs dans l’abîme.
La notion de plaisir est là aussi oui… Le plaisir comme un gant protecteur qui permet de plonger la main dans le feu des enfers. L’opération magique et chirurgicale à la fois de l’écriture.
« Fouiller sans véritablement chercher ? » Sur ce dernier point je diverge. Moi je cherche… Toujours et encore avec acharnement… Je ne sais peut-être pas exactement quoi –tout le problème est là- mais soif et ma faim persistent. Inextinguibles…
P.S : j’ai comme l’impression que tu m’inspires toi hu hu !!

Écrit par : Max Lector | 07/04/2006

Oh Max ! Après avoir mis en ligne "Apesenteur", tu t'es endormi ou quoi ? On attend d'autres notes de toi...

Écrit par : Le Tamalou | 10/04/2006

C'est vrai que j'branle rien. Passe mon temps à poster des commentaires débiles sur des blogs consacrés au yaourt... C'est vraiment n'importe quoi...

Écrit par : Max Lector | 10/04/2006

Ben oui on à tant! Tu ta muse à quoi?

Écrit par : marir | 10/04/2006

Pas consacré au yaourt, Max, consacré au Kremly, c'est très différent... Le Kremly est au yaourt ce que Mozart est à la musique (et vice et versa).

Écrit par : Le Tamalou | 10/04/2006

Ah ma muse… J’l’attends toujours celle-là… Enfin bref… Devant tant d’enthousiasme et à la demande générale, dès ce soir, ou cette nuit, je m’engage à poster un nouvel extrait d’"Apesanteur", ou de "Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort" de près ou les deux ou la liste complète des ouvrages didactiques consacrés à la philosophie de Jean-Claude Van Damme qui comme chacun ne le sait pas forcément est à la métaphysique ce que le yaourt aux fruits est au petit suisse (les pépins en plus).

Écrit par : Max Lector | 10/04/2006

Les commentaires sont fermés.