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01/05/2006

Carré noir (Extrait 2)

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Paul Laffoley

 

(Suite)

Hier soir je suis passé au vidéoclub. J’ai loué un DVD. Mon regard a été attiré par les couleurs d’une jaquette sans que je prenne vraiment la peine de lire le titre. J’agissais un peu comme dans une sorte de rêve. Ambiance mentale vaporeuse… Quand j’ai eu fini de bouffer, j’ai enfilé la galette dans mon lecteur et je me suis laissé retomber lourdement sur le vieux sofa.

J’ai du ensuite chercher pendant au moins cinq minutes ma télécommande que je venais pourtant d’utiliser à l’instant même. La table basse était couverte d’une quantité impressionnante d’objets inutiles qui n’avaient pas grand chose à y faire…

Quand j’ai enfin remis la main dessus le film a pu commencer. J’ai été un peu surpris, au début… Me suis demandé si y’avait un problème avec l’appareil ou quoi… cet écran tout blanc qui s’est affiché et qui a persisté un bonne minute. Ensuite j’ai entendu une voix dans les écouteurs (quand je suis seul j’écoute toujours mes films avec le casque de la chaîne, ce qui me permet aussi de les mater pénard même à trois ou quatre heures du mat sans que les voisins ne piquent une crise et n’appellent le commissariat). Ça m’a légèrement rassuré vu que le lecteur était un achat récent. Mais c’est quand même un drôle de film, je me suis dit. J’ai voulu jeter un œil sur la jaquette pour vérifier le titre, mais j’avais déjà éteint la putain de lampe halogène et ça me gonflait carrément de devoir m’écarteler le bras gauche pour essayer d’atteindre de nouveau le bouton à côté du large pied de la lampe.

C’était quand même pas très normal que ça commence comme ça. Sans générique, sans rien… La voix off continuait de s’exprimer, mais bien que l’articulation ait été tout à fait correcte, je ne parvenais pas à comprendre un seul mot. Le sens m’échapper irrésistiblement. Pourtant il ne me semblait pas que ce soit une langue étrangère. C’était bien ça le plus curieux… On aurait dit des instructions. Oui… Une liste d’instructions très méthodiquement énoncées. Ça semblait s’adresser à moi tout spécialement. Bien que n’en comprenant pas le sens, je ne savais pas non plus ce qui pouvait me laisser penser une chose pareille.

Ça a bien dû durer comme ça une bonne demi-heure. Il faut croire que j’étais vraiment dans les vapes pour ne pas réagir à ce point là !  Ma léthargie était telle… Il m’aurait suffi d’appuyer au hasard sur un des boutons de la télécommande. C’était pas sorcier. Un infime effort de volonté aurait était nécessaire… et il se trouve que, précisément, cet infime dépense d’énergie, je n’éprouvais pas le désir de l’effectuer.

Vous voyez comment on peut être. Zombifié à ce point par une putain de télé ! Un écran vide qui plus est ! Et cette voix ? D’où est-ce qu’elle pouvait bien sortir cette voix ? Impossible de saisir les mots. Ça m’échappait au fur et à mesure. Comme un flot tiède qui se serait écoulé en continu en traversant une région x située approximativement à l’intérieur de mon crâne.

Je me suis demandé si je devenais dingue, à ce moment là… Je me suis demandé… si c’était la fin… De tout… La fin de la petite planète bleue suspendue par son fil invisible au milieu des ténèbres glacées de notre saleté d’univers. J’étais figé, avec probablement une expression d’abruti sur la tronche. Figé devant ma télé et je pressentais la catastrophe. Un léger déchirement dans les profondeurs du temps et de l’espace. C’était sûr, quelque chose commençait à ne plus tourner rond du tout. J’étais envahi d’un sombre dégoût. Un immense, un monumental dégoût… Peut-être que la pizza de tout à l’heure n’était pas fraîche ? Le chorizo puait la vieille graisse. Et ce goût de porc trop prononcé que je déteste…

Tout me portait à croire que je vivais une expérience métaphysique intense. Ça paraissait de plus en plus flagrant… Que diraient les voisins s’ils apprenaient ça ? J’ai senti que ça allait céder. Que quelque chose quelque part en moi… allait se fendre ou se briser. Une vanne allait subitement s’ouvrir. Je le pressentais avec une acuité extraordinaire. Evidemment ça m’impressionnait… Ça me faisait peur aussi. Peut-être que c’était grave ? J’en éprouvais le sentiment. Sûrement qu’après cette crise rien ne pourrait plus jamais redevenir comme avant.

Je me suis levé ! D’un seul coup. Comme un somnambule en pleine transe. Un taré de première qui sent les muscles de ses membres échapper complètement à son contrôle et s’animer d’une vie propre ! Ça ne présageait rien de bon et je le savais bien. Et cet écran blanc ! Ce putain d’écran blanc au milieu de l’obscurité du reste de la pièce qui accaparait toute mon attention comme un phare au bout d’un tunnel !

J’ai commencé à m’approcher. Je ne savais pas pourquoi je faisais ça. Evidemment… J’ai lentement contourné la table basse avec tout son bordel dessus. Me suis accroupi. Mon visage frôlait l’écran immaculé. Il y avait quelque chose… derrière. Je le sentais. Comme une respiration puissante mais étouffée. Quelque chose de probablement monstrueux. C’était tout près de moi. Ça aurait pu aussi bien jaillir tout d’un coup dans mon cerveau et s’y infiltrer comme un virus pervers. Un programme de destruction systématique de ma mémoire. Je me suis redressé comme un diable sur ressort et me suis éloigné de cette boîte à maléfices. Il ne fallait pas que je reste plus longtemps dans cette pièce sinon je devinais qu’il allait se produire l’inévitable. La télé de Damoclès me pendait au-dessus de la tronche !

J’ai vite pris ma veste dans la penderie et me suis carapaté dehors comme un damné. La porte a claqué et ce bruit trop violent a semblé résonner en mille échos douloureux dans chaque recoin de ma cervelle comme dans les chambres désertes d’un hôtel maudit et abandonné où plane une sale odeur de crime.

 

Max Lector, Carré noir, 2006

 

Commentaires

première fois ici. j'aime ... je reviendrai.
;)

Écrit par : wondercinamona | 01/05/2006

Plus sympa que le Terminator ;-)

Écrit par : Max Lector | 01/05/2006

terminator...accelator..quand on ador....

Écrit par : wondercinamona | 03/05/2006

le chat maigre est de retour.pour tous ses fan je rappelle, qu'il est interdit de maltraiter les animaux, ou les "ani-mots" dans les espaces non fumeurs. la satire est donc prohibée. oui max il en est finit pour toi. je vais tout avouer.... cela dans quelques jours, ton secret sera a tout jamais devoilé. tu vas me le payer salop!!! tu n'aurait jamais du finir la derniere boite de thon. Merci a tout le monde et a la prochaine.

Écrit par : le chat maigre | 06/05/2006

le thon c'est bon ça fait grandir!
@+++

Écrit par : if6 | 07/05/2006

Pas de panique minet. Y’a toujours des thons en boîte ;-)

Écrit par : Max Lector | 08/05/2006

et le temps passe, misanthrope , entraînant dans sa course le chat chinois aux couleurs d'encre noire;@biz²have a good funny day.

Écrit par : if6 | 08/05/2006

Time kill kill the pussy cat, mis-en-trope sur la planète des dingos dogs.

Biz(arre)

Écrit par : Max Lector | 08/05/2006

trivialement la trope se prend pour quelqu'un d'autre , change de sens sans prévenir, et devient tripoteuse de mots dans la rue du commerce ( sur la planète des dingos dogs)
hé au fait tu fumes quoi? biz triphasées, alternantes tripatouillées.

Écrit par : if6 | 08/05/2006

Le courant repasse on dirait… Le faire s’est bien mais le repassage c’est mieux pour mettre les pieds bien plats sur les dos d’âne de la rue du commerce.

En direct de Dingoland, biz les doigts dans la prise (semelles plastique recommandées)

Écrit par : Max Lector | 08/05/2006

le fer facilite les choses pour mettre les pieds dans le plat...pendant ce temps là, les enfants jouent à se faire des biz,
RRron le chat est gris.

Écrit par : if6 | 10/05/2006

alors il ne se passe + rien par ici?

Écrit par : if6 | 13/05/2006

Argh... Justement je voulais inaugurer une nouvelle rubrique de dialogue absurde et humoristique avec le chat maigre, au risque, probablement, de discréditer totalement ce blog, mais cet animal est foutrement paresseux...

Écrit par : Max Lector | 13/05/2006

j'adore le terme "foutrement" très suggestif et raffiné !!
ah oui ça serait génial, pourquoi ne pas faire cela à plusieurs? comme des cadavres exquis. (bon je sais tu m'as rien demandé mais je dis quand même!!) bi+sous de rien, juste leger comme la brise

Écrit par : if6 | 14/05/2006

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