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19/05/2006

Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près (Extrait 3)

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(Suite) Il y a trois ans j’ai fait un petit saut en Turquie. Une belle ville Istanbul… Bien qu’en fait, je n’ai pas eu trop le loisir de visiter les sites historiques. J’étais là-bas pour le boulot, évidemment. Un mec et deux nanas… Des belles filles. Le genre poules de luxe réservées à une clientèle de privilégiés. Généralement des types du showbiz qui viennent s’éclater un peu entre deux tournées survoltées ou des notables de la région. Mais les deux call-girls avaient été trop gourmandes. Beaucoup trop. Elles avaient voulu travailler à leur compte et la patronne du réseau n’avait pas du tout apprécié. D’autant que, faisant partie des plus belles pièces de son armée de filles elles lui rapportaient gros… Après un, puis deux, puis trois avertissements, la sanction était tombée. C’était quand même très rare que la grande maquerelle, madame Fortuna, je n’invente rien, en arrive à de telles extrémités. Mais d’après ses proches, depuis que la vieille s’était branchée dans des mouvements d’inspiration vaguement occultiste, elle n’était plus la même. Sa conception de la vie, autrefois un modèle d’équilibre et d’organisation, en avait été assez lourdement affectée. On m’a dit, puis confirmé, qu’elle participait à des cérémonies rituelles assez peu piquées des vers. Le genre messe noire et compagnie… Les adorateurs de Satan et autres guignolades auxquels j’aurais pourtant juré qu’un esprit aussi perspicace que le sien aurait su échapper. Mais à un moment ou à un autre, c’est fatal, les gens vieillissent et ils perdent les pédales. Moi comme je suis sérieusement barré depuis déjà longtemps, j’ai eu tout le loisir de m’adapter, tandis que ceux qui réalisent tout d’un coup qu’un morceau de leur cervelle se fendille, ça leur produit en général une drôle d’impression… C’est un peu comme dans les dessins animés quand le personnage continue à marcher quelques secondes avant de s’apercevoir qu’il est au-dessus du vide. Dans ces cas là, si vous n’êtes pas sérieusement préparé, fatalement, la première image qui s’impose inéluctablement en couleur et en format géant à votre imagination, c’est celle d’une forme humaine étrangement ressemblante à la vôtre qui gît lamentablement, écrabouillée et encastrée dans le sol plusieurs centaines de mètres en contre-bas… Je vous avais prévenus que pour les métaphores j’étais un peu limite.

A un moment ou à un autre nous jouons tous le rôle de l’ange déchu… Y’a qu’à voir… La naissance. Ça commence déjà par une dégringolade, plus une expulsion ! Pas vraiment bon signe ça. On aurait dû s’en douter depuis longtemps… Mais les gens en ont rien à foutre. Il continuent à naître un peu partout sur la planète comme si c’était vraiment le lieu le plus accueillant pour décider d’entamer son existence ! Remarquez, ailleurs, c’est peut-être pire… Je veux bien l’admettre. Au fond la terre n’est peut-être rien d’autre qu’une grosse poubelle parmi d’autres encore moins ragoûtantes ? Ouais… J’aime bien cette idée. Je sais pas pourquoi… Mon côté malsain sans doute.

Moi, si j’avais pu, j’aurais bien voulu ne pas naître… Pas parce que la vie est trop pénible. Non, juste comme ça… pour voir. Par simple esprit de contradiction. Contrecarrer le cours naturel des choses. Trop cool ! Mais bon… on pense toujours aux choses quand c’est trop tard. Maintenant, évidemment, c’était foutu… Bien sûr, j’aurais pu me tirer une balle dans la nuque, mais ça n’aurait pas été pareil, maintenant que j’avais vu comment c’était. Et puis si je m’étais flingué moi-même qui m’aurait payé ? Ça m’aurait quand même bien fait chier de bosser à l’œil ! Déjà que c’était pas facile.

Ma voisine du dessus, une vieille toujours barricadée chez elle à double tour, commençait vraiment à me mettre les nerfs. Presque tous les jours elle foutait le volume de sa putain de télé à fond de onze heures jusqu’à au moins vingt et une heure le soir ! C’était vraiment casse-burnes d’entendre les dialogues archi niais des feux de l’amour pendant que j’essayais de faire mes exercices de concentration. Oui, je ne vous ai pas raconté ça. Un professionnel comme je l’étais à l’époque se devait d’apprendre à gérer au mieux son stress. Il s’agirait pas d’avoir la tremblote au moment de conclure un contrat. Quand l’index caresse la gâchette avec autant de touché que le clitoris d’une jeune vierge… C’est pas le moment de craquer. Vous me comprenez. Tout ça implique une certaine hygiène de vie. Je me levais pas à cinq heures du mat pour aller faire un footing. Non je laissais ça à d’autres. Ceux que ça amuse, précisément… Le point le plus important dans cette histoire, c’est le mental. Il faut acquérir une concentration en acier. Au début, je m’étais astreint à lire une flopée de bouquins sur le yoga, la méditation, transcendantale ou non, le training autogène, les mantras… Tout ces machins qui constituent en quelque sorte le folklore obligé de ce que les naïfs et quelques gogos appellent encore la spiritualité.

 

Max Lector, Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près, Ed Le Manuscrit 2003 

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Commentaires

c'est bien tu vois de mettre des extraits!

Écrit par : la lectrice | 19/05/2006

Vu le succès remporté par Hulk...

Écrit par : Max | 19/05/2006

pourquoi ne pas le retravailler un peu?
bon w-end max!

Écrit par : if6 | 20/05/2006

Bof. Suis déjà en train de terminer l'"après Carré noir" alors...

Écrit par : Max | 20/05/2006

Apprécié cette lecture. Bravo. Je n'ai juste pas compris :"Quand l’index caresse la gâchette avec autant de touché que le clitoris d’une jeune vierge…"

Écrit par : sancho | 27/05/2006

Mon personnage a le san cho... Mais comme cet inculte n'a pas lu "le livre des extases", évidemment il mélange tout ;-)

Écrit par : Max | 27/05/2006

Les commentaires sont fermés.