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07/06/2006

Carré noir (Suite)

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Paméla: "Max, j'aime beaucoup ce que vous faites." 
                                        
  
                                                    PARTIE  I
 
 
 

« J’ai senti des symptômes très inquiétants causés par le seul acte d’écrire »


 

                                                                                                  Stéphane Mallarmé


 
 
 
Ça faisait mal. Mes tempes vibraient comme ces petits punching-balls que les boxeurs tambourinent pendant des heures à une vitesse affolante en moulinant alternativement d’un bras puis de l’autre. Si le soleil s’était levé à cet instant j’aurais sûrement cru que le feu du ciel m’envahissait et brûlait chaque atome de mon être. Mais il faisait encore nuit. Et dans ce bain de ténèbres je ressentis immédiatement un léger soulagement. La lumière sale et jaune des réverbères me guidait le long de ces trottoirs qui semblaient toujours border les limites extrêmes du monde. Au-delà tout n’était qu’un doux chaos sans forme. Le sommeil inquiet de la ville. Une femme au bout de la rue ? Qu’est-ce que c’est ? Une pute ? Quelque chose de cassé dans la silhouette et un mince filet de fumée qui de dos semblait jaillir du haut de son crâne.

On aurait dit une poupée Vaudou grandeur nature. C’est cette image qui s’est de suite imposée à moi. Sinistre… Sous mes pas quelques fragments d’objets incongrus qui cèdent en craquant. Il fait trop sombre je n’essaie même pas de regarder. Mon bras me fait mal. Mon bras droit. Toute la journée j’ai eu la même sensation et voilà que ça continue… Si seulement il y avait un repère. Quelque chose qui m’indique où je suis, où je vais… Mais non. Il n’y a rien. Seulement ces trottoirs obscurs qui ne conduisent nulle part. Qui se reposent des milliers de talons qui ont résonné sur leur dos rigide toute la journée. Je traverse la rue le regard attiré par une vitrine. Pose mes mains sur la grille comme un taulard dans sa cellule…

C’est une boutique de fringues. On distingue assez mal l’intérieur. Juste ces mannequins en plastoc avec leurs têtes chauves, leurs visages aussi lisses et inertes que ceux des vrais top models. Cette expression glacée et hautaine au milieu d’autres objets inanimés qui n’ont pas le même privilège d’arborer une face vaguement humaine. Je fixe un instant un de ces mannequins. Les yeux dans le plastique. Je suis amoureux de cette fille en plastique… Pendant quarante secondes au moins je suis réellement amoureux de la fille en plastique qui ne daigne pas faire attention à moi… Je me retourne. Ce courant d’air qui me glace la moelle. Besoin de marcher. Au moins pour me réchauffer si ce n’est pas pour me rendre dans un endroit précis. Le trottoir est sale. Ouais… Vraiment c’est dégueulasse par ici. Toutes ces merdes de chien… Ces cartons d’emballage déjà à moitié moisis par les averses successives, ces vieux paquets de clopes piétinés… Il y a même une godasse, là, en plein milieu. J’ai failli shooter dedans sans faire gaffe. Un vieux mocassin tout râpé. A qui est-ce qu’il a bien pu appartenir ? Peut-être que quelqu’un s’est fait agressé dans cette même rue ? Peut-être que c’était un mec bourré qui demain va mettre sans dessus dessous tout son appartement pour retrouver le pied manquant ? Peut-être c’est jute une pompe dépareillée qui n’a jamais servi ou même un unijambiste qui jette systématiquement celle de ces nouvelles chaussures qui lui sera à jamais inutile ? Peut-être encore que quelqu’un a jeté ses vieilles groles et que le deuxième pieds se trouve un peu plus loin dans une poubelle ?

De tout façon qu’est-ce que j’en avais à foutre moi ? C’était une énigme de plus, mais on ne pouvait pas non plus appeler ça une énigme majeure. Juste un médiocre petit aperçu de cet aspect essentiellement bordélique qui modelait chaque recoin de notre foutu univers.

J’étais bercé depuis plusieurs minutes par un refrain lancinant qui tournait en boucle au milieu de mes pensées les plus confuses. Une connerie de slogan publicitaire sans doute qui s’était salement incrustée dans un repli laissé sans défense de mon cortex comme une sangsue avide de pomper les derniers résidus d’individualité de ma conscience. J’y voyais pas clair. C’était plutôt normal me direz vous à ce moment là de la nuit dans une petite ruelle exhalant l’urine de clébard et la mauvaise bouffe de prolos. Les deux effluves se mêlant dans de savantes proportions… Oui, probablement que c’était normal… Sauf que même si à cet instant précis le soleil avait brillé aussi fort que le cœur d’uranium d’une centrale nucléaire, je pense, je suis même presque sûr, que la même idée m’aurait turlupiné. J’étais dans mon propre brouillard à moi. Et ce crépuscule de ma pensée qu’est-ce qui aurait pu y mettre fin ? Même toutes les forces grandioses de la nature réunies, même ce monarque des astres qui nous colorait nos faces de blancs-becs, est-ce que ça aurait suffi à altérer cet état de fait : mon dégoût profond et ma solitude extrême ? Cette façon que j’avais de toujours repeindre la nuit sur les murs blancs et froids de mon intimité psychique.

Ça me faisait bien chier en même temps. C’est sûr… J’aurais pu m’asseoir par terre et attendre là que le vent glacé me fige pour l’éternité dans la position du Bouddha… Mais à l’évidence, ça n’était pas avec ce genre d’idée que j’allais améliorer la suite de mon existence. Vous pourrez constater à quel point je manquais cruellement d’inspiration à ce moment là. J’étais pris dans l’étau de ma propre décrépitude et commençais à sentir cette pression de plus en plus désagréable sur ma poitrine.

Finalement je poussais la porte du premier bar venu… Ça finissait toujours comme ça de toute façon… Et ça commençait aussi toujours comme ça. Ambiance un peu glauque. Comme par hasard. Une bande de zigs vieillissants qui jouaient au poker ou à je ne sais quoi d’autre dans un coin de la pièce. Un arabe en blouson de cuir, les traits plissés comme si sa chair avait été bouillie dans une marmite qui semblait s’accrocher au zinc comme à une bouée de sauvetage… Et probablement que c’était exactement ce qu’il représentait pour lui à cette heure. Et puis cette espèce de vieille mégère fringuée comme une pute - mais peut-être que non ? – les joues et le cou tout ridés, le regard vitreux, sa tête rentrée dans les épaules comme un vautour déplumé.

Tout ça ressemblait aux derniers vestiges de l’humanité juste avant l’apocalypse finale. Il ne manquait plus que moi pour compléter le tableau.

Le barman rubicond comme un gros poivron me scanne rapidement la gueule depuis ses petits yeux mesquins de rongeur et certainement il a vite fait d’identifier en ma personne un des leurs… Au club des éclopés et des rampants de l’existence. Je commandai mon demi tout en prenant place au bar avec l’aisance racée d’un grand acteur et le ridicule maniéré d’une pauvre cloche déjà éméchée qui joue les grands acteurs. Je m’en foutais de toute façon. De ça et du reste… J’étais là en observateur. Je sortis une liasse de feuilles cornées et chiffonnées de la poche de ma veste ainsi qu’un stylo-bille déjà salement rongé. J’étalai tout ça devant moi sur le zinc. L’indifférence générale à mon égard était palpable. De ça aussi je m’en foutais. Je ne cherchais pas à attirer l’attention. Quoique… Je me suis mis à fouiller dans mes notes entre deux gorgées de cette bière aigre. J’avais jamais trop aimé la bière de toute façon. Mais j’étais maso… J’aimais faire ce que je n’aimais pas… Cinglé je vous dis. Enfin pour ce qui en était de la bière, les conséquences étaient négligeables. Pour le reste de ma vie, c’était nettement plus destructeur.

Max Lector, Carré noir 2006

Commentaires

je persiste et signe c'est digne d'une nouvelle! j'aime bocoup
ce carré noir 2006, bises blogeuses

Écrit par : if6 | 09/06/2006

il manque juste un bon début et une bonne fin, la chute, le pb posé au départ et résolu à la fin, et entre temps le plaisir de la lecture. ne changes rien max tu es sur la bonne voie ( on partage si tu gagnes le gros lot hu! hu! ) bisous .

Écrit par : if6 | 09/06/2006

Heu... sauf que c'est un extrait d'un bouquin de 300 pages (on se refait pas...).

Écrit par : Max | 09/06/2006

fais en un bouquin plus court alors, démerde toi, bosse man!
(bon je l'ai pas lu en entier ) bizes

Écrit par : if6 | 09/06/2006

Tres joli.

Écrit par : maxy_vince | 12/06/2006

hé max!!

Écrit par : if6 | 12/06/2006

Ca va minute ! J’arrive ! Ma nouvelle hôtesse vous suffit pas ?
Bon, merci au capitaine Maxi Kirk Vince d’avoir délaissé quelques années lumières ses trous noir pour venir poser le vaisseau sur la planète carré (Y’a aussi un nain ici, en cherchant bien…).
Ton blog il est tip top ! (même si on y parle sans doute pas assez de la philosophie de Jean Claude Van Damme)

Écrit par : Mini Max | 12/06/2006

hello max, comment ça va toi?

Écrit par : 0+1+2etc... | 24/06/2006

Très bien merci. Tiens j'ai bu un pot avec le Chat Maigre cet aprème. Y m'a demandé si on le réclamait ;-)
(J'écris beaucoup, mais hors blog...)
Et cette histoire de mayas alors?

Écrit par : Max 000 | 25/06/2006

les mayas avaient plusieurs zeros.lezero dessiné sur papier végétal avait la forme d'un coquillage et celui dessiné sur une pierre ressemblait à une tête humaine , ces zeros servaient à noter les places vides dans l'écriture d'un nombre, et le nombre 10 est representé par une tête de mort,
trash les mayas hein?
biz blog blagues .

Écrit par : 0+1+2etc... | 25/06/2006

J'aurais pas cru que ça remontait aussi loin la blague à Toto :-))

Écrit par : Max y z | 25/06/2006

Les commentaires sont fermés.