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07/06/2006

Carré noir (Suite)

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Paméla: "Max, j'aime beaucoup ce que vous faites." 
                                        
  
                                                    PARTIE  I
 
 
 

« J’ai senti des symptômes très inquiétants causés par le seul acte d’écrire »


 

                                                                                                  Stéphane Mallarmé


 
 
 
Ça faisait mal. Mes tempes vibraient comme ces petits punching-balls que les boxeurs tambourinent pendant des heures à une vitesse affolante en moulinant alternativement d’un bras puis de l’autre. Si le soleil s’était levé à cet instant j’aurais sûrement cru que le feu du ciel m’envahissait et brûlait chaque atome de mon être. Mais il faisait encore nuit. Et dans ce bain de ténèbres je ressentis immédiatement un léger soulagement. La lumière sale et jaune des réverbères me guidait le long de ces trottoirs qui semblaient toujours border les limites extrêmes du monde. Au-delà tout n’était qu’un doux chaos sans forme. Le sommeil inquiet de la ville. Une femme au bout de la rue ? Qu’est-ce que c’est ? Une pute ? Quelque chose de cassé dans la silhouette et un mince filet de fumée qui de dos semblait jaillir du haut de son crâne.

On aurait dit une poupée Vaudou grandeur nature. C’est cette image qui s’est de suite imposée à moi. Sinistre… Sous mes pas quelques fragments d’objets incongrus qui cèdent en craquant. Il fait trop sombre je n’essaie même pas de regarder. Mon bras me fait mal. Mon bras droit. Toute la journée j’ai eu la même sensation et voilà que ça continue… Si seulement il y avait un repère. Quelque chose qui m’indique où je suis, où je vais… Mais non. Il n’y a rien. Seulement ces trottoirs obscurs qui ne conduisent nulle part. Qui se reposent des milliers de talons qui ont résonné sur leur dos rigide toute la journée. Je traverse la rue le regard attiré par une vitrine. Pose mes mains sur la grille comme un taulard dans sa cellule…

C’est une boutique de fringues. On distingue assez mal l’intérieur. Juste ces mannequins en plastoc avec leurs têtes chauves, leurs visages aussi lisses et inertes que ceux des vrais top models. Cette expression glacée et hautaine au milieu d’autres objets inanimés qui n’ont pas le même privilège d’arborer une face vaguement humaine. Je fixe un instant un de ces mannequins. Les yeux dans le plastique. Je suis amoureux de cette fille en plastique… Pendant quarante secondes au moins je suis réellement amoureux de la fille en plastique qui ne daigne pas faire attention à moi… Je me retourne. Ce courant d’air qui me glace la moelle. Besoin de marcher. Au moins pour me réchauffer si ce n’est pas pour me rendre dans un endroit précis. Le trottoir est sale. Ouais… Vraiment c’est dégueulasse par ici. Toutes ces merdes de chien… Ces cartons d’emballage déjà à moitié moisis par les averses successives, ces vieux paquets de clopes piétinés… Il y a même une godasse, là, en plein milieu. J’ai failli shooter dedans sans faire gaffe. Un vieux mocassin tout râpé. A qui est-ce qu’il a bien pu appartenir ? Peut-être que quelqu’un s’est fait agressé dans cette même rue ? Peut-être que c’était un mec bourré qui demain va mettre sans dessus dessous tout son appartement pour retrouver le pied manquant ? Peut-être c’est jute une pompe dépareillée qui n’a jamais servi ou même un unijambiste qui jette systématiquement celle de ces nouvelles chaussures qui lui sera à jamais inutile ? Peut-être encore que quelqu’un a jeté ses vieilles groles et que le deuxième pieds se trouve un peu plus loin dans une poubelle ?

De tout façon qu’est-ce que j’en avais à foutre moi ? C’était une énigme de plus, mais on ne pouvait pas non plus appeler ça une énigme majeure. Juste un médiocre petit aperçu de cet aspect essentiellement bordélique qui modelait chaque recoin de notre foutu univers.

J’étais bercé depuis plusieurs minutes par un refrain lancinant qui tournait en boucle au milieu de mes pensées les plus confuses. Une connerie de slogan publicitaire sans doute qui s’était salement incrustée dans un repli laissé sans défense de mon cortex comme une sangsue avide de pomper les derniers résidus d’individualité de ma conscience. J’y voyais pas clair. C’était plutôt normal me direz vous à ce moment là de la nuit dans une petite ruelle exhalant l’urine de clébard et la mauvaise bouffe de prolos. Les deux effluves se mêlant dans de savantes proportions… Oui, probablement que c’était normal… Sauf que même si à cet instant précis le soleil avait brillé aussi fort que le cœur d’uranium d’une centrale nucléaire, je pense, je suis même presque sûr, que la même idée m’aurait turlupiné. J’étais dans mon propre brouillard à moi. Et ce crépuscule de ma pensée qu’est-ce qui aurait pu y mettre fin ? Même toutes les forces grandioses de la nature réunies, même ce monarque des astres qui nous colorait nos faces de blancs-becs, est-ce que ça aurait suffi à altérer cet état de fait : mon dégoût profond et ma solitude extrême ? Cette façon que j’avais de toujours repeindre la nuit sur les murs blancs et froids de mon intimité psychique.

Ça me faisait bien chier en même temps. C’est sûr… J’aurais pu m’asseoir par terre et attendre là que le vent glacé me fige pour l’éternité dans la position du Bouddha… Mais à l’évidence, ça n’était pas avec ce genre d’idée que j’allais améliorer la suite de mon existence. Vous pourrez constater à quel point je manquais cruellement d’inspiration à ce moment là. J’étais pris dans l’étau de ma propre décrépitude et commençais à sentir cette pression de plus en plus désagréable sur ma poitrine.

Finalement je poussais la porte du premier bar venu… Ça finissait toujours comme ça de toute façon… Et ça commençait aussi toujours comme ça. Ambiance un peu glauque. Comme par hasard. Une bande de zigs vieillissants qui jouaient au poker ou à je ne sais quoi d’autre dans un coin de la pièce. Un arabe en blouson de cuir, les traits plissés comme si sa chair avait été bouillie dans une marmite qui semblait s’accrocher au zinc comme à une bouée de sauvetage… Et probablement que c’était exactement ce qu’il représentait pour lui à cette heure. Et puis cette espèce de vieille mégère fringuée comme une pute - mais peut-être que non ? – les joues et le cou tout ridés, le regard vitreux, sa tête rentrée dans les épaules comme un vautour déplumé.

Tout ça ressemblait aux derniers vestiges de l’humanité juste avant l’apocalypse finale. Il ne manquait plus que moi pour compléter le tableau.

Le barman rubicond comme un gros poivron me scanne rapidement la gueule depuis ses petits yeux mesquins de rongeur et certainement il a vite fait d’identifier en ma personne un des leurs… Au club des éclopés et des rampants de l’existence. Je commandai mon demi tout en prenant place au bar avec l’aisance racée d’un grand acteur et le ridicule maniéré d’une pauvre cloche déjà éméchée qui joue les grands acteurs. Je m’en foutais de toute façon. De ça et du reste… J’étais là en observateur. Je sortis une liasse de feuilles cornées et chiffonnées de la poche de ma veste ainsi qu’un stylo-bille déjà salement rongé. J’étalai tout ça devant moi sur le zinc. L’indifférence générale à mon égard était palpable. De ça aussi je m’en foutais. Je ne cherchais pas à attirer l’attention. Quoique… Je me suis mis à fouiller dans mes notes entre deux gorgées de cette bière aigre. J’avais jamais trop aimé la bière de toute façon. Mais j’étais maso… J’aimais faire ce que je n’aimais pas… Cinglé je vous dis. Enfin pour ce qui en était de la bière, les conséquences étaient négligeables. Pour le reste de ma vie, c’était nettement plus destructeur.

Max Lector, Carré noir 2006

ERASERHEAD: le film hors monde

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Comment décrire un tel film qui eut longtemps la réputation d’être l’œuvre la plus étrange de toute l’histoire du cinéma ?

Le premier long métrage de David Lynch et aussi celui qui condense mieux que tous ses chefs d’œuvres ultérieurs l’esthétique, l’esprit et l’univers étrange inquiétant et surréaliste de ce réalisateur hors normes.

Ce film, Lynch s’y est investi probablement plus que dans tout autre. Réalisant pratiquement tout de ses propres mains avec une petite bande de joyeux allumés pendant près de cinq ans (de 1972 à 1977) durant lesquels le tournage dut souvent être interrompu pour cause de moyens financiers insuffisants. Et tout concevoir de ses propres mains Lynch le bricoleur de génie adore ça (il lui arrivera souvent par la suite de fabriquer lui-même jusqu’à des décors ou des meubles figurant dans ses films).

Parce que son univers est infiniment singulier, précisément, moins il délègue et plus le résultat final sera fidèle à sa propre vision intérieure.

Eraserhead ne ressemble à rien de ce qui avait déjà été tourné jusque là. D’ailleurs Lynch prétend lui-même ne pas être cinéphile. On peut quand même songer au Persona de Bergman pour la forme non réaliste et aussi ses grandes pages blanche qui viennent parfois s’intercaler au milieu des images noir et blanc pour suggérer un sentiment d’abstraction, une présence/absence de la plus grande étrangeté. On pense aussi, bien entendu, aux vieux films en noir et blanc du début de l’ère du septième art. Sauf qu’ici toute référence nostalgique au passé est gommée par une atmosphère totalement a-temporelle. Par contre Lynch influencera par ce film un certain nombre de ses successeurs (Darren Aronofsky, Guy Maddin, Virgil Widrich )

Pour mieux comprendre Eraserhead il n’est pas inutile de se reporter au film qui va lui succéder et dont la forme est à la fois proche et beaucoup plus conventionnelle. Presque formatée dans le moule hollywoodien !! Du moins en apparence…

En effet Elephant man mettra en scène le thème somme toute assez rebattu de l’exclusion et de la ségrégation dans ce qu’elle peut avoir de plus universelle. A un détail près, et de taille, c’est qu’ici le regard du spectateur devra affronter véritablement le visage de ce qui pour le jugement du plus grand nombre relève en apparence sans ambiguïté aucune de la véritable monstruosité.

Eraserhead présentait un démarche analogue mais d’une manière bien plus radicale encore. Le bébé monstre d’Eraserhead enfanté on ne sait trop comment par Henry (Jack Nance) et Mary (Charlotte Stewart) pourrait être d’une certaine manière figurer l’enfance, ou plutôt la naissance, de l’homme éléphant lui-même. Ici la démarche est poussée à l’extrême, quasi crépusculaire. C’est une remontée aux origines de la détresse humaine la plus incontournable, la plus terrible aussi.

Là où l’homme éléphant pouvait encore se prévaloir d’une forme de séduction sur son entourage, racheter en quelque sorte l’affront supposé par une société aux normes esthétiques et morales depuis toujours imposées et bornées, en dévoilant peu à peu son extrême sensibilité et les richesses cachées de son âme, le bébé monstre d’Eraserhead ne peut qu’exprimer une forme de détresse et d’impuissance absolument radicale et absolue. Celle du nouveau né dont le pouvoir d’attendrissement sur son entourage et d’autant plus réduit qu’à l’impuissance d’une conscience à peine émergeante s’associe la barrière de la laideur physique la plus repoussante. Elephant man sera l’illustration de cette laideur physique (en vertu évidemment des normes esthétiques d’une société donnée) qui dissimule aux autres la beauté et la finesse d’âme de celui qui l’arbore.

Sur le même modèle d’interprétation on pourrait énoncer que Eraseread, bien qu’antérieur, va plus loin encore en proposant une allégorie de la détresse morale et intérieure la plus inimaginable (celle peut-être du drogué, du malade mental, du dépressif. Toute situation où l’âme elle-même se voit désarmée) associée à la tare physique.

Dans ces deux films le message n’est pas seulement un pointage moral qui pourrait s’énoncer par un slogan du type : « voilà les erreurs que nous commettons lorsque nous jugeons un individu à partir de sa seule apparence ».

Je pense que l’extraordinaire beauté de la mise en scène permet aussi à Lynch de montrer combien nos jugements esthétiques eux-mêmes sont inconsciemment conditionnés en aval par des préjugés qui relèvent de la morale, elle-même largement modelée par les peurs séculaires de l’humanité et en particulier la crainte ultime de la mort.

Pour le quidam dont l’éveil aux formes esthétiques véritables reste à l’état latent, la difformité physique évoque une forme dérangeante de désordre, de chaos et même de décomposition qui rappelle certainement plus ou moins consciemment la maladie, la déliquescence de la chair en putréfaction des cadavres et la mort.

( D’ailleurs Elephant Man se situe à l’époque puritaine de l’Angleterre victorienne. La maladie, à plus forte raison les malformations, pouvaient certainement encore y être considérées comme des signes suspects relevant d’une obscure punition divine).

D’où un rejet de cette catégorie de représentations. A l’inverse, une sensibilité suffisamment aiguisée (celle de l’artiste) ou bien, phénomène très intéressant, un changement d’attitude qui par empathie conduit à porter un regard différent et compatissant sur l’individu qu’on avait d’abord rejeté comme mu par un réflexe comportemental bien implanté, va permettre une acuité accrue du regard devenu plus impartial et qui dévoilera à celui qui en fait l’expérience un nouveau champ d’observation d’une richesse insoupçonnée au sein duquel les valeurs esthétiques, de se fait, peuvent basculer au point que ce qui fut jugé repoussant par les masses conditionnées apparaîtra sous un nouveau jour.

Pour le dire de façon plus triviale, une personne dont la réceptivité est limitée et qui regarde Eraserhead n’y verra probablement qu’un film gore assez répugnant greffée sur l’histoire d’un homme, Henry, travaillé par l’angoisse du couple et d’une paternité non désirée et mettant en scène un écœurant petit monstre qu’il vaudrait mieux au plus vite jeter à la poubelle ! Alors que pour nous qui sommes fascinés et profondément touchés par cette œuvre le « petit monstre » en question qui suffoque terrassé par la fièvre nous paraît un être infiniment aimable et attendrissant. Le tout baignant dans une atmosphère d’une noirceur totale, au propre comme au figuré, et néanmoins d’une beauté hallucinante. Question de point de vue…

Celui de David Lynch est à la fois extrêmement dramatique mais sublimé par une esthétique des abîmes qui fait de chaque plan un magnifique tableau et atténuée aussi par un humour à la Beckett, qui évoque les comportements clownesques de la démence. Le repas chez les parents de Mary en étant l’exemple le plus significatif.

Le film tout entier baigne dans une atmosphère de régression. Quelque chose qui nous renvoie à la nuit sous toutes ses formes (La majeur partie du film a d’ailleurs été tournée de nuit). Celle qui envahit tout âme en détresse et aussi ce fond obscur parce qu’hermétique à la grille de lecture de la conscience rationnelle et lucide, ces abysses de l’inconscient individuel ou même collectif, à la racine même de toute humanité, ou de toute forme d’expérience, fut-elle la plus primitive, discrète, infime…

La sensation d’oppression est accentuée par la B.O, essentielle, qui diffuse d’incessants bruits d’usine ou de tuyauteries.

Ce qui est très frappant dans plusieurs scènes c’est le regard du personnage principal, que cette paternité visiblement impromptue laisse tout d’abord dans l’expectative. Ce regard noyé dans l’ombre, scintillant d’une tristesse et d’une tendresse désarmante évoque énormément celui d’un… chien !

D’ailleurs en écho de cette impression lors du rendez-vous chez les parents une chienne allaite bruyamment ses petits sous les yeux du jeune couple !

J’y vois là encore un signe de régression. Un retour à l’animalité. Non pas celle qui relève de la part de bestialité instinctive mais plutôt comme une animalité mythique synonyme d’un retour aux origines les plus radicales et épurées de la vie.

Là où la beauté peut naître de l’extrême simplicité, de l’extrême faiblesse… Ce lieu de nulle part où parfois peut apparaître une petite lueur. La magie inattendue et libératrice que « la femme du radiateur » (Un curieux ange dont les joues un peu monstrueuses sont gonflées comme d’énormes testicules !) peut soudain faire jaillir en déchirant le manteau des ténèbres, en révélant qu’il existe « autre chose » un innommable, mais qui crée une ouverture. Un in-fini qui échappe à l’enfermement de la souffrance. Un paradis où Henry serait enfin libéré du poids aliénant de cet enfant étrange et inattendu qui fait fuir sa femme et fait peur à sa séduisante voisine de palier.

Eraserhead signifie « tête de gomme ». En effet la tête de Henry, autrement dit, le siège de sa raison consciente et discursive se verra subir un curieux sort à la fin du film … De la substance même de ce cerveau souffrant sera extraite une précieuse matière. Curieuse pierre philosophale capable de gommer les mots, de privilégier la pure vision, donc, au langage. A l’image du film lui-même (il y a très peu de dialogues) et peut-être pour surmonter l’angoisse que le langage rationnel (celui qui vient de la tête) reste impuissant à juguler.

Henry, qui est censé travailler dans une imprimerie, semble d’ailleurs accorder une importance particulière à ces mini copeaux en spiral que l’on obtient en taillant les crayons (Même si il est vraiment difficile de distinguer précisément cette image). Il en recueil un précieux exemplaire qui par la suite se modifie, acquière une forme plus organique, comme une petite larve prête à puiser dans la terre des substances nutritives. Comme si la conscience éveillée et responsable (Le crayon bien taillé, prêt à servir le langage de la raison, lucide et affûté. Responsable.) du père qui reconnaît malgré tout son enfant était indissociable de cette élan organique, sexuel, en quête d’une liberté que les contraintes sociales et les coups du sort lui interdisent. 

Eraserhead est un film radical. Une œuvre initiatique, au sens le plus général que l’on puisse donner à ce terme. Vous n’en reviendrez pas inchangé. 

ML   


 

00:35 Publié dans Cinémental | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Cinéma

05/06/2006

Lézarde sous le soleil

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L’autre jour, je me promène au hasard. Je flâne comme on dit, je voyageais dans le vague en essayant de sentir cette odeur si précieuse, tant appréciée : l’air du temps. Mais j’avais du mal, beaucoup de mal. Sans doute le nez bouché… Je ne sentais rien. Comme dans un hôpital, l’odeur de l’éther en moins. Rien d’éthéré ici, seulement du béton au-dessus de la terre et des panneaux publicitaires. Des passants qui circulent, se croisent, se dévisagent souvent avec ce regard de chien traqué. Je suis sûr que quelque chose cloche. Un disfonctionnement quelque part… C’est certain. Pas possible autrement…

Je marche dedans. Dans cette crotte de chien… Et puis je penche la tête et regarde. C’est peut-être nous ça ? je me dis. Sûrement. Sûrement que ça s’en rapproche. La digestion avait été très lente, mais maintenant je comprenais, je sentais cette curieuse mollesse, cette odeur si pénible.

J’ai beaucoup dormi l’autre soir pour oublier tout ça. J’ai beaucoup dormi et au réveil je n’étais plus le même. Mes yeux avaient changé et je crois que j’avais grandi. C’était bizarre ce long cou qui perçait le plafond… Ma tête dans les nuages et puis tout en bas ces deux pieds minuscules, deux points noirs comme des pattes d’insecte ! Je ne savais pas comment réagir. Je me suis même dit que peut-être ce serait mieux comme ça, que j’y verrai plus loin… forcément. Mais en même temps, tous ces nuages, ça me voilait le paysage. C’était chiant. J’ai voulu redescendre, mais j’avais peur de me casser en deux. J’ai quand même fini par faire l’effort et puis, crac, j’ai senti cette vertèbre du milieu qui a cédé comme une pièce trop serrée dans l’étau ! C’était terrible ! J’étais bloqué dans la région intermédiaire, dans ce drôle d’accoutrement. Je voulais me redresser, mais c’était impossible. La douleur formait un mur de brique devant ma volonté. J’ai voulu me hisser, mais c’était peine perdue alors, renonçant, j’ai observé mes pieds. Ils étaient plus près maintenant, je les voyais mieux. Je pouvais même discerner le reflet déformé de mon visage sur le cuir tancé de ma chaussure. C’était amusant, mais quand même fatiguant. J’ai regardé un peu plus loin, à côté des souliers et près d’une fissure entre deux pavés très usés un jeune lézard  m’observait avec au fond de son œil primitif une sorte d’ironie. je voulais lui parler, mais je me suis retenu, pensant au ridicule de cette situation. Un lézard ça ne peut pas parler, ça ne peut que lézarder sur des pavés chauffés par le soleil, c’est évident. C’était tellement évident que, bien évidemment, ça en devenait douteux ! Les préjugés ont la vie dure, surtout au sujet des lézards. Un sujet d’ailleurs rarement abordé, à tord… ou à raison.

Le lézard me toisait donc de haut en bas. Il avait du mal. Il se demandait sans doute pourquoi j'étais si grand, pourquoi mon corps s’étirait ainsi de la terre jusqu’aux cieux. Peut-être s’inquiétait-il, comme moi ? Je voulus me déplacer pour écraser sous mon talon ce sale voyeur, mais j’avais beaucoup de mal à bouger. C’était vraiment inconfortable, ce long dos voûté et brisé. Je me traînais comme un handicapé et le lézard, j’eus cette impression, était sur le point de ricaner ! Mais c’était un signe. Ce lézard à mes pieds, cette lézarde dans mon dos, cette analogie imaginaire entre le haut et le bas…

Le lézard recherchait le soleil, et moi je me penchais vers l’ombre. Nous étions deux images inversées d’une même absence de sens qui par son excès de puissance renvoie à son contraire. Je me demandais ce que j’allais devenir si jamais plus mon dos ne pouvait se redresser ? et le petit animal verdâtre, quant à lui, laissait tranquillement sa queue repousser. J’étais victime de ma blessure et lui n’en avait rien à foutre qu’on lui arrache une partie du corps… Mais d’abord quelle était la raison de sa présence ? Est-ce qu’il m’attendait ? Pour me narguer peut-être ? Pour me montrer sa supériorité de petite bestiole sur ma grande carcasse mutilée ? Au prix d’un effort très humain, je réussis tout de même à m’accroupir, et sur son visage repoussant je tentais de décrypter un message. Sa peau était craquelée et ridée comme celle d’un vieux, mais l’agilité souple et vive de sa longue langue rose qui apparaissait puis se rétractait fugacement ne laissait aucun doute sur sa bonne santé. C’était certainement un être à part, un reptile ayant survécu au génocide des dinosaures. Moi aussi j’étais à part, j’étais en deux parties… Le haut et le bas. Au milieu la fracture, la lézarde… Je crois qu’on pouvait se comprendre lui et moi. D’un mouvement de tête il me fit signe que oui. Finalement il compatissait, je crois, à mon statut de lézard géant dépourvu de pouvoir, du pouvoir de régénérer ses propres blessures. C’était bien sûr injuste que je ne puisse pas réparer cette bévue. La nature m’avait mal doté, elle m’avait joué un sale tour. La salope ! Il faut toujours se méfier de dame Nature, un être perfide et mesquin qui engendre des fœtus mal formés, des maladies incurables et des tremblements de terre meurtriers ! La nature joue avec nos vies, sa vie. Elle est folle et personne ne parvient jamais tout à fait à l’arrêter, car au fond, tous, sans le savoir, travaillent sous ses ordres.

Ça me rend malade de penser que j’aurais pu, comme le lézard, réparer moi-même ma fracture, me redresser, regarder loin devant ! Mais la maladie a elle aussi son charme. Plus elle est pesante, plus on ressent combien l’emprise de la nature devient incertaine. Elle ne contrôle plus ce qu’elle a pourtant elle-même généré. Tant pis pour elle ! La maladie imaginaire sommeille dans chacune des cellules de notre cerveau. La création du chaos dangereux alimente les veines d’un poison délicieux. La création du rêve renverse les interdits, rend la nature caduque, en inverse les cycles. Le rêve du lézard revient me hanter, se faufiler entre deux songes sombres et abscons. Je me surprends à espérer qu’il puisse me venir en aide. C’est idiot, évidemment, mais plus c’est idiot plus c’est vital. Un peu comme l’amour… Je rentre la tête à l’intérieur de mon propre processus de création, je vais voir à la source ce qui pourrait bien obstruer le passage. Je veux lézarder pour l’éternité sur les murs de l’infini, m’étaler au soleil permanent de la nuit psychique, mais mon vouloir, mon désir, ressemblent trop souvent à ces fruits très sucrés qui se détachent trop tôt et viennent s’écraser à la surface trop peu accueillante de la planète terre.

A laisser comme ça le lézard obséder tous les virages de ma pensée, que va-t-il advenir à ma tête déjà bien malade ? Je n’ose envisager le pire, alors je pense à autre chose, à la couleur verte, aux petits yeux noirs, à cette langue trop inhumaine en forme de flèche inversée comme un symbole du langage retourné, de la parole retroussée, une boucle de non-communication qui n’atteint pas l’altérité.

A jongler ainsi avec les mots on peut tout renverser sur la piste éclairée. Je ne joue pas vraiment pourtant… Je fais juste semblant, j’imagine le futile, le mets en scène, en repeins les couleurs pour qu’elles attirent plus facilement le regard. Je suis là et je n'y suis pas, moi-même une fiction, un imaginaire autonome, un mirage, un fantôme, le spectre du paraître. Et le lézard lui-même veut me parler mais ne trouve qu’un rêve au lieu d’un interlocuteur., son propre désir coagulé dans la pensée... Qui suis-je au fond ? Ce lézard ? Ma lézarde ? Le petit animal va-t-il disparaître dans la lézarde ? va-t-il rejoindre l’origine de son néant ? va-t-il me revenir, ou bien va-t-il fuir pour toujours ? Est-il une métaphore ? Métaphore de mes efforts pour construire du permanent, pour que les queues tranchées puissent toujours repousser ? pour que le blessé alité puisse reboire son propre sang et à travers l’horreur apercevoir une aurore nouvelle ? Je me relève, je sors de mon tombeau, et le lézard m’y aidera en guidant mes premiers pas comme ceux d’un très jeune enfant… C’est un ami à ma taille, car je suis tout petit en dedans. Ma peau aussi est craquelée, usée par le rayonnement du jour, agressée par l’acide des mots que parfois les autres me jettent à la face. C’est pénible de devoir ramper comme un lézard, mais cela me rappelle aussi mon enfance, le bébé dans son parc, paradis d’un passé perdu… Je suis le bébé boudeur qui se penche en avant pour mieux voir. En dessous il n’y a rien, rien d’autre que le néant d’avant le temps, d’avant la naissance, la cicatrice dans l’être… Trop jeune, trop petit, je n’ai pas le recul suffisant. Je souffre en silence car mes cris sont étouffés par l’immensité, ce trop plein qui surgit partout. Le lézard m’avait pourtant prévenu, m’avait dit : tu vas voir, il fait froid dehors et toi tu es nu. Mais je ne réponds pas aux lézards. Je n’ai pas que ça à foutre, prendre au sérieux une petite bestiole ridicule ! Me voilà calé sur mes deux jambes en attendant que le ciel gronde, qu’il pleure de rage sur mon visage récalcitrant. Je veux me hisser, je veux me hisser tout en haut. J’essaie mais j’ai du mal. Mes petites jambes, mes petits bras… Tout devient minuscule dans cet univers qui m’étouffe ! Manque de place, manque d’espace, manque d’ambition… Mes yeux se murent à force de ne plus distinguer l’horizon. Peut-être faudrait-il creuser un tunnel sous l’éternité pour rejoindre le temps ? échapper à la prison du maintenant, maintenant, maintenant... ? Et puis s’élancer à travers les secondes, secouer les atomes, attraper les cheveux de la comète pour filer plus vite à travers hier, aujourd’hui et demain…

Max Lector, Apesanteur ed Le manuscrit 2002

Nourrir l'artiste

03/06/2006

Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près (Extrait 4)

                                                   
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(Suite)Oui, j’ai pas besoin de croire en Dieu pour dégommer des types proprement. Je trouverais même le rapprochement quelque peu inapproprié (quitte à vexer mes homologues de la Camorra, toujours très friands de bondieuseries). Le seul point sur lequel je dois insister, c’est le sang froid. Le contrôle des nerfs. Vous voyez, un moine tibétain, si tenté qu’il ait l’esprit suffisamment ouvert pour ça, pourrait faire un excellent tueur. J’en suis persuadé. Tout ce que j’ai appris dans ces bouquins m’a été, au début, d’une certaine utilité. Quand j’étais encore un novice dans la profession et que je cherchais à me forger une personnalité qui en jette. Mais celui qui mieux que tout autre m’a tout appris dans ce domaine, c’est le gros Raymond. Bien sûr, je sais très bien ce que vous allez penser… Maître Tetsuo Norykawa ou Li Wang machin chose ça le fait plus en terme de maître zen que « le gros Raymond ». Mais détrompez-vous. Il ne faut jamais se fier à ce genre détail.

De même que Raymond était un clochard et un poivrot de premier ordre, il n’empêche que ce type en savait plus sur les techniques de contrôle de l’esprit que n’importe qui d’autre que j’ai pu rencontrer ou lire. Mais évidemment c’est toujours la même chose. Le poids des préjugés dans notre putain de société libérale de merde est tel (et je suis bien placé pour le savoir) que personne en passant devant cette épave n’aurait pu une seconde s’imaginer qu’il venait de laisser filer l’occasion rêvée de rencontrer un authentique maître de méditation.

A la place d’un beau kimono savamment noué le gros Raymond exhibait le plus souvent une infâme chemise à carreaux crasseuse et à moitié déchirée. Et alors ? Il n’avait pas un chignon mais des touffes de cheveux grisonnants et une grosse auréole dégarnie près de sa tempe droite dévoilait une vieille cicatrice. Il faut dire que dans sa prime jeunesse le gaillard n’avait pas dû être une femmelette et sa carcasse en avait vu de toutes les couleurs au cours de rixes dont les motifs qui les déclenchaient devaient probablement rester souvent obscurs. En tout cas c’est ce qui se disait de lui à l’époque. Mais voilà, en mûrissant Raymond avait finalement appris à se contrôler. Lui, le soupe-au-lait par excellence, il avait saisi l’art de dominer l’esprit et le corps.

Il m’a tout raconté… un jour où il était à jeun. En fait, il lui suffisait simplement de fixer toute son attention sur son « pouce fantôme » comme il l’appelait. Oui, il lui manquait le pouce de la main droite. Je pensais qu’il l’avait perdu dans un accident du travail à l’époque où lui et une bande de potes avaient essayé de bosser dans une scierie en Haute Savoie. Histoire de prendre un peu le bon air et de lâcher les mauvaises habitudes. L’embêtant vous savez, c’est que les montagnards du coin sont souvent eux aussi des sacrés zigues dans leur genre, pas mal portés sur la bibine. Evidemment, quand il y a trois mètres de neige dehors ça réchauffe. Mais bon… Sur ce point comme sur bien d’autres, et c’est aussi ça qui faisait son charme, ne nous le cachons pas, le gros Raymond n’avait jamais été très clair dans ses explications. Quand il était bien chargé au gros rouge, il racontait à qui voulait bien l’entendre (même un chien ou un mur d’ailleurs…) une version beaucoup plus pittoresque des faits. Je l’entends encore, les yeux brillants, plongé dans son récit :

« Cette nuit là, le seigneur des ombres m’est apparu. Il s’est présenté en toute simplicité, dans son beau costard noir trois pièces avec son nœud papillon blanc qui semblait vouloir s’envoler ( Raymond frisait parfois le lyrisme…). Il m’a regardé. Enfin j’ai senti qu’il me regardait… parce que le seigneur des ombres, Lucifer quoi, il porte toujours des lunettes noires. Ses yeux sont bien trop sensibles à la lumière de notre monde. Tu penses bien… » Imperturbable dans sa logique propre, Raymond continuait généralement en ces termes : « Donc, il m’a salement dévisagé, et il m’a dit : seuls les êtres d’une grande sagesse sont autorisés à rentrer en contact avec moi. Mais ce privilège a un prix… Et là il s’est mis à éclater de rire ! Après il s’est transformé en bouc et il est parti en chevauchant une sorte de motocyclette qui faisait un boucan d’enfer… D’ailleurs c’est ce jour là que j’ai vraiment compris d’où venait l’expression… Et ben… Vous me croirez ou non (le chien auquel il s’adressait en même temps qu’à moi s’était mis à aboyer à ce moment là). Vous me croirez ou non… le lendemain matin, ma main droite n’avait plus de pouce ! » Et il exhibait alors fièrement le prix à payer pour rencontrer Mister Lucifer himself… avec son nœud pap.

Par la suite, lorsqu’il se concentrait sur son pouce fantôme il pouvait, selon ses dires, se connecter immédiatement à l’autre réalité. Celle dans laquelle évoluent les anges et bien d’autres choses plus terribles encore aux yeux des non-initiés… Tu vois, m’avait-il dit un jour sur le ton de la complicité sincère : « quand je me concentre sur ce petit vide, là au bout de ma main, ça me vide aussi la tête… » C’est vrai que sa concentration pouvait atteindre un niveau tout à fait impressionnant. Je l’ai vu un jour se recevoir une bouteille vide sur le crâne. La bouteille s’est brisée, mais il n’a pas sourcillé d’un poil ! Il était ailleurs, à ce moment là… En promenade furtive aux abords de l’au-delà avec son pouce comme seul guide. Auto-stoppeur des autoroutes de l’enfer !… Alors la douleur qu’on pouvait essayer d’infliger à sa carcasse, il en avait plus grand chose à foutre…

Depuis ce jour là, moi aussi j’ai beaucoup pensé au vide. La démonstration du gros Raymond m’avait vraiment impressionné. J’ai balancé mes bouquins de yoga et pendant des jours et des jours j’ai passé en revue mes souvenirs. J’ai réfléchi. Je cherchais mon « pouce fantôme » à moi. Je ne pouvais quand même pas me couper un doigt ! Ça aurait été ridicule, douloureux et dans mon cas particulier ça n’aurait probablement servi à rien. En plus, mon boulot exigeait absolument une main en pleine possession de ses capacités.

Finalement, à force de rumination, j’ai trouvé. Même si, au début, cette solution m’a paru malgré tout un peu invraisemblable… Mon pouce… c’était ma mère ! Ma mère que j’avais perdue étant très jeune. Elle avait elle-même mis fin à ses jours dans des circonstances qui furent longtemps pour moi très obscures. Les souvenirs que je gardais d’elle restaient fugaces. Quelques images d’un visage aux ligne pures et d’une silhouette élancée qu’au fil des années je tentais désespérément de sauver de l’oubli et que je ne parvenais que très difficilement à incarner dans une réalité plus charnelle, plus réelle. Un véritable mirage, bien trop évanescent. En somme le vide, pour moi, depuis ce triste événement de mon lointain passé, ce n’était pas une phalange, c’était ma propre mère. Je me suis dit que, peut-être, en me concentrant sur ce sentiment de vide et d’absence que jusque là j’avais au contraire souvent cherché à fuir pour moins en souffrir, je pourrais moi aussi, comme Raymond, me connecter à l’autre monde. Celui du gars en costard noir avec son nœud papillon et ses lunettes de soleil…

Max Lector, Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près ed le Manuscrit 2003

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01/06/2006

Le cinéma de Laurent Vayriot

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L’été dernier, déambulant au fil d’un forum très Minneapolis sound, je remarquai qu’au cœur de la nuit peu d’individus squattaient la bande passante si ce n’était un certain Mescal… Dans la signature de ses messages jamais dépourvus d’humour l’adresse d’un site presque éponyme : http://www.mescalitospictures.com/Htms/accueil.htm  Par simple curiosité je m’y rends et réalise que le sieur Mescal de son vrai nom Laurent Vayriot est cinéaste et qu’il a déjà à son actif trois courts métrages qu’il a écrits, produits et réalisés… Dans la foulée me voilà en train de télécharger sur le site son court intitulé La choisie… Puis, sans conviction particulière, je commence à mater l’objet. Et là… Je réalise… Je réalise que c’est vraiment pas mal… Mieux que ça… Ce court est magnifique. Envoûtant par cette photographie somptueuse faite de forts contrastes noir et blanc, de clairs obscurs magnifiques suggérant une atmosphère onirique et renforcés par des costumes et une architecture médiévale qui évoquent davantage la magie du conte que la référence historique.  Hommage perceptible à Murnau (L’Aurore, Nosferatu, Faust…) On pense aussi à La chute de la maison Usher (Jean Epstein 1928) et à de lointaines influences du film de genre gore (Hellreiser notamment pour les scènes dans l’asile). Putain ! Je me dis que ce gars là a vraiment une patte, un style, une véritable écriture cinématographique !! Ce qui pour moi est toujours le plus important au-delà même du scénario. Les scénarios, Laurent les écrit d’ailleurs aussi lui-même et son penchant pour la chose écrite est largement perceptible dans ses films (rôle principal de l’écrivain en quête d’inspiration dans S’en sortir, le "Livre du Choix" dans La choisie…). Il est aussi musicien. Mais alors vous me direz y sait tout faire c’gars là ou quoi ? De source sûre il est nul au criquet et son manque de dextérité dans l’exécution du tao du « héron ivre » version Kung-fu hung gar style du Nord ne vaut pas tripette (Et oui mec, on peut pas être bon partout alors sans rancune…).

Mais je sens que je m’égare ( pas mon genre pourtant). Laurent c’est un gars loyal, honnête et droit (à moins que ça soit une chanson…). Mais y faut pas non plus le faire chier. Un peu soupe au lait parfois. Et jamais le dernier pour la déconne ça vous pouvez me croire… Bref, un individu assez multi-facettes dont la richesse de la personnalité se retrouve tout naturellement dans ses films :

La noirceur magnifique portée par les thèmes de la folie et de la magie, du conte, qui imprègnent La choisie, dans laquelle on peut voir aussi une certaine allégorie du passage parfois tragiquement manqué d’une adolescence avide de mondes imaginaires à l’âge adulte et à sa frustrante rationalité. Passage que, en l’occurrence, pour la jeune protagoniste de cette sombre histoire, l’on devine avoir été précipité par le traumatisme irréversible d’un viol.   

L’humour grand guignol et un peu trash, à la Dupontel, de Mamie qui, derrière la façade de la simple comédie pose le problème de la vieillesse et du manque de respect parfois manifeste des jeunes générations envers leurs aînés aux cheveux blancs.

Le questionnement sur l’acte de création et sur le désespoir qui guette toujours l’artiste pris en tenaille entre la nécessaire solitude quasi ascétique de son travail et les astreintes d’une vie sociale et en l’occurrence de sa vie de couple, le tout vu sous l’angle de l’ironie, dans S’en sortir.

L’interrogation sur la mort et ses différentes approches culturelles ou individuelles dans le projet de court pour l’instant avorté Euthanamour.

Laurent a également réalisé un clip pour la chanson « Plus personne » du chanteur français PYR et il travaille actuellement sur son plus gros projet : son premier long métrage intitulé L’anniversaire de Mina ! La rentrée en préparation ne devrait plus trop tarder. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant si ce n’est qu’il s’agit quand même d’une importante production européenne, voire internationale, pour un thriller psychologique avec peut-être une actrice américaine « bankable » dans le rôle principal… L’avenir d’un nouveau cinéaste français de talent se précise. 

 

Max Lector  

                                                                                                                                    


 

05:50 Publié dans Cinémental | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Cinéma