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19/09/2007

Max Lector, auteur à succès*

Chaque jour de part le vaste monde, des millions d’individus hirsutes et les bretelles pendantes, le regard torve et pensif négligent femme ou mari, enfants, mères-grand, boulot, vidage de poubelles, tondage de gazon, cours de ju-jitsu, réunions de copropriétaires, réunions clandestines du ku klux klan, des alcooliques anonymes fumeurs de nénuphars, visionnage du dernier film sud coréen d’auteur sur les grains de riz rebelles mutants dénigrant la société post moderne et sa suprématie technologique, l’achat du dernier calendrier porno des pompiers, les sauts à l’élastique au-dessus d’une bassine Rika Zaraï, les randonnées en canoë kayak les yeux bandés pour faire le con, les concours de viol collectif d’une jeune enfant ligotée dans une cave, les voyages en train, à brouette, en tricycle à piston en mâchant des pistaches, les mariages, baptêmes, enterrements troisième classe dans un pot de confiture Bonne Maman pas lavé ayant déjà servi au chat à faire ses besoins, les commémorations du 11 septembre, du 12 octobre, du 16 janvier, de la mort de Jean-Charles Troufiniard, de la résurrection de Paco Rabanne, pour pouvoir à l’envie sans plus aucune retenue se plonger avec délice et avidité dans les œuvres de Max Lector.

 

c829c4782e2ba99f56382acedbba453a.jpgGérard Solex, dynamique et fringant jeune homme, physicien nucléaire à l’hôpital psychiatrique de la Salpétrière:

"Depuis la lecture de Apesanteur, ma conception de la vie a radicalement changé. Désormais je sais que je peux voler, et conscient de mon extraordinaire pouvoir, j’avance dans la vie d’un pas fier et altier à la rencontre de mon exceptionnel destin."

 

 

 Gilbert Montagné, chanteur français:a4883dd6c3ddf304bdc4b2724414375c.jpg

"Seuls les presbytes de peuvent pas voir la mort de près ma permit de voir les choses sous un autre angle et de mieux supporter le racisme si grossièrement dissimulé dont les autres ont si souvent fait preuve à mon égard. Aujourd’hui, j’assume enfin le fait d’être le sosie du Maréchal Pétain. Merci Monsieur Lector."

 

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 David, vendeur de chouchou sur la plage:

"Carré noir fut pour moi un véritable électrochoc, plus violent que le bruit amplifiée un million de fois d’une gaufrette qui se casse et choit misérablement aux pieds crottés d’un enfant des rues affamé sous le soleil du nouveau Mexique (ou de Limoges)

Depuis je erre seul dans le désert les espadrilles percées, le blanc des yeux rougi et larmoyant (j’ai confondu la laque Lauréal avec ma bombe lacrymogène)"

 
*Pour ceux qui penseraient que cette note fait preuve de mégalomanie je citerai ce proverbe népalais : « On attrape pas un ours en dansant la lambada (traduction très approximative)»     

17/04/2007

Culture et fromage râpé

         
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  Jacquelin Cumouille                 Un morse


Le thème d'aujourd'hui : un écrivain aux cabinets.


Nous avons la chance de recevoir aujourd’hui dans notre émission le célèbre écrivain et intellectuel Jacquelin Cumouille pour son dernier ouvrage qui le fait pressentir pour le prix Goncourt : Dieu est-il en plastique ? 

- Bonjour Jacquelin Cumouille.

- A vos souhaits.
- Pourriez-vous évoquer succinctement les conditions assez cocasses je crois qui vous ont poussé à rédiger ce qui allait devenir ce chef d’œuvre.

- Oui très volontiers. Eh bien c’était un dimanche après-midi chez ma sœur et mon beau frère le célèbre Hector-Xavier-Bertand Duflan. J’avais repris du rôtis de veau en sauce et je me sentis soudain envahi d’une formidable sensation de… comment dire.

- Le sentiment de la vanité des nourritures terrestres ?

- Oui ! C’est cela-même ! J’eus une très forte envie de chier ! Et vous savez mon beau frère à entièrement retapissé les toilettes avec de la peau de saumon finlandais ce qui en fait un lieu très propice à la…

- Défécation ?

- Mais non ! A la méditation. Crétin…

- Et alors ?

- Alors j’étais installé là sur le trône, les viscères contractées quand je fus frappé d’une vision !

- Dieu vous est apparu ?

- Non une vision d’horreur ! Un visage m’observait par la lucarne.

- Un paparazzi ?
- Non personne n’avait commandé de pizza ! C’était un faciès d’une laideur exemplaire. On aurait cru François Bayrou en femme.

- Quel horreur !

- Et je ne voyais que son visage ! Sans quoi j’aurais sûrement fait une syncope.

- Mais qui était cette créature ?

- Vous me connaissez j’ai tout de suite imaginé le pire.

- Un spectre ?

- Bien pire.

- Pierre Bellemare déguisé ?

- Oh… Vous êtes dépressif ou quoi ?! Non j’ai pensé à l’immonde voisin de mon beauf et à ses terribles expériences culinaires. Il a plusieurs fois tenté de nous empoisonné en nous apportant ses fameux ovaires de castor farcis à la graisse d’oie frigide. Une tradition séculaire de sa Moldavie natale paraît-il…

- Et c’est à partir de là que vous est venue l’idée première de votre ouvrage ?

- Tout à fait. Il fallait je me venge de cette situation humiliante. J’ai changé le nom, mais le personnage principal qui se fait empalé page 12 en réalité c’est bien lui.

- D’après certains critiques littéraires comme Jean-Pierre Pernaut ou M Pokora de nombreuses allusions mystiques parsèment le livre, comme le suggère d’ailleurs habillement le titre. D’où vient-il d’ailleurs ce titre énigmatique : Dieu est-il en plastique ? 

- Heu… c’est mon éditeur Marcel Piedsplat qui m’a suggéré de modifier les premiers mots suite au succès du Da Vinci Code. Au départ je voulais l’appeler : Le tabouret est-il en plastique ?

- Oui ça… ça sonne pas pareil. Mais… c’est pas mal aussi.

- Je vous dispense de vos commentaires d’analphabète diabétique.

- Pardonnez-moi. Heu… On dit aussi que vous avez été très influencé par l’écrivain Michel Houellebecque…

- Pas du tout ! Je préfère de très loin l’œuvre de Jean-Charles Ponlévecque et surtout son premier livre : Que fais-tu fétu ?

- Quel est le sujet ?

- Comment ? Vous ne l’avez même pas lu ? Vous êtes vraiment un minus. Je suis sûr que vous préférez le pepsi au coca. Belle mentalité ! Le chef d’œuvre Que fait-tu fétu ? de mon confrère relate le parcours épique et pittoresque d’un fétu de paille à travers les siècles. De la Gaule de Vercingétorix à la machine à laver de la mère Denis dans laquelle malheureusement il périt tragiquement noyé au chapitre 3056.

- Heu… Et quels points communs pensez-vous posséder avec le philosophe Heidegger ?

- La forêt noire.

- J’ignorais que vous aviez vécu en Allemagne ?

- Non. La forêt noir le gâteau. C’est ma pâtisserie favorite.

- Vous n’aviez pas annoncé la rédaction d’une suite du grand livre de Heidegger Etre et Temps ?

- Tout à fait. Cela s’appellera Etre étendu et je tenterai d’y démontrer que le temps passe plus vite en position allongée sur un lit que en équilibre renversé la tête posée sur un fil tendu à cinquante mètres au-dessus du sol.

- Et Nietzsche ?

- Bof… Ca tourne un peu en rond, mais bon, pour un morse c’est pas mal.

- Vous reprendrez bien des chips ?

- Vadé rétro satanas et diabolo !

- Et bien c’est sur cette note d’espoir et de foi en l’avenir d’un monde meilleur où les lainages seront les vrais leaders que nous allons rendre l’antenne en remerciant encore Jacquelin Cumouille pour cet entretient exclusif.

- Y’a pas de quoi, de toute façon j’avais rien à faire, mon professeur de claquettes s’est coincé les testicules dans un ouvre-boîte.


P.S : peu après cette interview, par souci de faire le point et aussi pour renouer avec ses origines de forain, Jacquelin Cumouille a décidé de renoncer provisoirement à la littérature et s’est retiré dans une troupe de haricots sauteurs trapézistes chiliens ( The Chilicon circus). 

* Suite à la relecture de cette note j’ai décidé de me pendre.

28/03/2007

Sexcentrique*

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La route était longue

Et le soleil noir de minuit

Me teintait l’âme

D’une lueur vague

Je sentis que mes sens

Peu à peu se laissaient glisser

Dans l’océan lascif

D’une douce descente

Vers des abîmes de beauté

Ses longues jambes

Me semblèrent un signe

Une sensualité acide

Me souda les mains sur

Cette peau si douce

Son haleine me nourrissait

Pour plusieurs mois

Entre ses cuisses séquestré

Le cœur cramoisi de ses émois

Sa voix moite mentait

Quand elle me disait d’arrêter

J’étais tendu et je tentais

D’extraire de cette trappe

Un joyau assez exquis

Une source jaillissant dans son cri

J’étais devenu croyant

Et cette vierge nue

Me trouva cru

Quand je lui plantai

Ma croix de cœur

Dans son ventre-écrin

Je croyais que parfois une nuit

On pouvait espérer sans fin

Une autre forme de vie


*Contrairement aux apparences ce poème racoleur n’est pas un hommage à Benoît VI

**Photo : Dita Von Tesse

15/03/2007

Rire sous l'orage

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(Y’avait longtemps…*)

J’ai rêvé d’elle mais elle n’est pas venue

La vraie vie

Le feu de son alcool

Ne m’a pas ranimé

Alors j’ai décidé

Que du bol de la nuit

Je nourrirai mon envie

De ce feu noir

Injecté dans ma veine

Grandirait un autre moi

L’autre face

Un goût indéfini

La grâce d’être différent

La sensualité un peu folle

De ce feu vivant

Sous mes paupières baissées

Ma nuit illuminée

Ce poison peut-être

M’avait rendu

La vue

Le monde

Comme un ballon orange

Flottait sous l’orage

Et je riais

Echoué sur les bords

D’une île idyllique

L’arsenic de mes rêves

Noyait ma douleur 

*Remarque à caractère médical : ce poème enrichi en moult images mélancoliques est destiné à respecter l’équilibre émotionnel de ce blog (les personnes suivant une cure de valium sont dispensées de lecture)

**Photo : Henri Cartier-Bresson, Down town New York, 1947

03:30 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : poésie, littérature

11/02/2007

Ice crime

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Une envie de crime

Me chatouillait

L’arrière du crâne

Le soleil bu dans mes pupilles

Paralysées par le poison d’une extase

Très loin de l’ataraxie

La lumière jaune jaillissait

Consumait à la racine

Mes neurones moteurs

Effet inhibiteur

Mon corps pesait plusieurs tonnes

Ecrasé par le poids

D’une culpabilité étrange

Sentiment dérangeant

De devoir accomplir une tâche

Se trancher le bras

A coup de hache

Quel gâchis tout ce hachis

Pensais-je en me pansant

Le soleil se levait

J’avais encore rêvé

Qu’on m’amputait d’une part

Imputable à ceux de mes désirs

Qui souillaient la pureté

Abstraite d’une feuille

Déjà froissée.

Une lettre jetée dans l’amer

Message depuis l’enfer

04:29 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poésie, littérature

04/02/2007

Minotaure 99

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La terre n’était qu’un point

Perdu dans l’espace sombre

Un point serré

Une volonté

Ame damnée en profil

De lame

Pour trancher dans

Cette chair-univers

S’ouvrir la voie

Sentir la vibration

De cette matière mère

Cette origine obscure

Ce mystère

Illisible

Des mots

Qui sur la page

S’expriment

Dans l’axe excentrique

De mes idées sauvages

Un paradis bordé de fer

A la démesure

De titans pleins de tact

Démons qui dans ma tête

S’entêtent sans tactique

Mais avec la grâce

Des sentiments très rares

Leur pur nectar

Paupières baissées

Dans la fraîcheur du soir

* Image: Thésée combattant le Minotaure, bronze de A L Barye

03:50 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie, littérature

29/01/2007

Anachroniques martiennes

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J’étais une vraie machine

Un foutu machin

Comportement futile

Mon cerveau rouillé détraqué

Mon sang gluant de mutant

Au fond des pupilles

Une mort préprogrammée numérisée

Une envie de vivre aussi

Qui clignotait

Je ne servais à rien

Robot dérangeant

Zombie trop bizarre

Débris débonnaire

J’étais un déchet

De l’humanité

Mes circuits imprimés

Bien trop déprimés

Je me traînais

Vers l’horizon cendré

Des dandys damnés

Sur ma très belle tombe

Je me dandinais

Un œil vert clair

épinglé à ma boutonnière

Seul guide indolent

Vers cet au-delà

Au goût

acidulé…

00:30 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : poésie, littérature

25/01/2007

les mâchoires de fer

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Il faudrait tant que j’apprenne

Que j’apprenne à croire

Croire en moi

Ou mieux encore

Oublier tous ces faux savoirs

Qui nous servent de béquilles

Mais à force

Rentrent dans les chairs

Jusqu’à ronger l’os

Il faudrait faire la révolution

Rêver d’une future

Evolution

Il faudrait que l’envie nous guide

Seulement le cœur

Le cœur de cette envie

Si tenté qu’il batte encore

Alors encore

Il devrait continuer de se battre

Quand il n’y a plus d’espoir

C’est là que tous les espoirs sont fondés

Mes racines dans cet abîme

Aspirent la moelle vivifiante

02:20 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : poésie, littérature

17/01/2007

2 BE

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J’étais dans mon fœtus

Celui que j’avais dessiné

Ce nouveau dessein

Que je rêvais mien

Savoir ne suffisait pas

Savoir que je pouvais changer

Que sous l’enveloppe

Se développait

Un autre ego pas vraiment égal

Au vieux modèle un peu mité

Mon miroir me montrait

Quelqu’un d’autre parfois

Qui me ressemblait bien plus

Que l’image dans la glace

L’image objective et futile

D’une réalité déjà rance

Ersatz vidé de sa substance

En moi ce besoin de renaître

Seul moyen d’être enfin
Pour vraiment exister

Sentir le sang sous la peau

La liqueur de mercure

Alimenter le cœur

Dans cet écrin

Du corps

Un élan électrique


*Image : Trevor Brown, Fœtus in Head

04:40 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, littérature

06/01/2007

Loterie fatale


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Au carrefour des possibles

Je me demandais

Si un petit grain de sable

Ne pourrait pas tout foutre en l’air

Venant s’immiscer

L’air de rien

Dans le rouage rouillé de cette

Sombre mécanique pathétique

L’horizon semblait s’éloigner

A mesure que je pressais le pas

Mon futur m’échappait

Le passé grignotait le gras de

Mes petits mollets

Nous en étions tous là

Embarqués de force

Dans cette triste farce

Le manège tournait tournait

Et ma tête

Mon Dieu ma tête

Se sentit tentée de tout arrêter

Le grain que j’avais conservé

Je l’injectai dans la grande roue

J’aurais voulu la voiler

Que enfin me soit dévoilée

Une autre voie

Paysage nouveau et moins ennuyeux

D’un monde encore inconnu

Une belle avenue

Vers des mystères

Aux yeux bleus clairs

06:05 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie, Littérature

28/12/2006

Blues du fier mammifère

 

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Je me posais de ces questions

Qui deviennent vite des maladies

Dans les vécés de mon mental

S’engouffraient d’étranges étrons

Et autres formes peu recommandables

De celles qui associent le vice

A une espèce de verrue

Je sentis l’esprit vermoulu

Mollir sous mon crâne de chevelu

Etre ou non ça n’était pas la question

J’étais un pion qui rêvait un peu mieux

Un animal qui pensait les fonctions fractales

Sachant déjà la fin du chemin tortueux

Dans mon sang crépitaient des envies

D’assouvir la flèche du désir

Pointée sur l’intersection des pures lignes

De cœur avec celles plus courbes du corps

J’étais camé à une drôle de folie

Qui me rendait plus grand qu’une fourmi

Sans que ces cons de bœufs en soient surpris

J’ouvrais des portes qui n’ouvraient

Sur rien d’autre que d’autres portes

VRP de ma propre substance

Mon essence inflammable

De mammifère fièrement désirant

Doué d’idées fixes comme des réflexes

A force d’attiser l’impensable

Aux yeux de tous les diables

02:50 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie, littérature

21/12/2006

White spirituel

 

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Le grand désert blanc

Antarctique critique

Des kilomètres de banquise

Le cœur gelé

Le cœur percé d’une stalactite

Plus rien

Le noir

Le grand typhon du désespoir

Et pourtant

Dans cette nuit

Une braise qui rougit

Qui rugit

Le sang qui file

Dans les artères de glace

L’envie, la violence et la vie

L’amour ou au moins

La haine

De ces barreaux de fer

Cette chaîne qui s’enfonce

Dans ma chair

De tout en bas

Du cœur chaud des enfers

Se relever et remonter

Doucement

Comme une bulle de mercure

Vers la haute atmosphère

Respirer

Pour la première fois

Goûter l’air

03:50 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie, littérature

17/12/2006

Chien chaud sous pluie froide

 

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                            C'est la fête à la saucisse!

 

Un soir

Que je sortais

Me promenant moi-même en laisse

Comme un clébard surdoué

Ou un type trop cabot qui paresse

Ma truffe enrhumée m’indiquait le Nord 

Moi, toujours déboussolé

Piétinant dans ce bourbier sous un ciel lourd

Je fixais l’étoile du berger

Celle que suivent toujours les moutons

Mais mes pas de détraqué léger

Me poussaient dans une autre direction

Le goût du danger, mêlé d’une saveur sucrée

M’obligea à explorer

Des contrées plus excitantes.

Sur des trottoirs trop étroits

Je suivis une très jolie passante

Qui sous son parapluie de guingois

grignotait un hot-dog déjà froid

J’y vis un délicieux indice

Le signe que peut-être ma foi

C’était à moi qu’elle pensait en douce

En évitant les gouttes d’eau

Pour mieux goûter

Ce morceau de chien chaud

Avant de retrouver

Son petit minet mou de mari

Déjà étendu seul dans son lit

14/12/2006

Sur la corde raide, je ris Kiki

 

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J’hésitais

Toujours sur le fil

Oscillant entre deux mondes

Mes pieds couverts d’ampoules

Eclairaient mon chemin

Dans cette chambre noire de l’incertitude

Les dés pipés ne pipaient mot

Le Dieu Hasard me contemplait en louchant

Et dans la glace mon image gelée

Attendait que des paroles chaleureuses se réfléchissent

Un signe venait de se poser

Sur la ligne claire de mon carnet

Couvert de notes sombres

Et dans mon cerveau une roulette

Enchaînait à toute vitesse mon libre arbitre

A des lois inconnues

J’étais coincé

Tapi dans l’angle mort

Je songeais que peut-être

L’évasion ne serait pas
Que pure vision

*Image: de Cherico

06:05 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : poésie, littérature

11/12/2006

Bizart

 

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Accouchement d’une énigme

L’art est si bizarre

Art secret d’ordonner des signes

La parole cryptée qui crépite

Cri des abîmes décodé

Ou silence riche de tant de sous-entendus

Dans la cervelle dérangée

De l’artiste

Un ange mauvais

Se meut

Au cœur du cyclone cérébral

Des images érotiques

Se mêlent aux mouvements cinématiques

D’une imagination sublimant

Des pulsars

De pulsions

Une galaxie fantasmatique

D’envies criminelles

Ou d’insignifiants détails

Comme se reflet de soleil

Sur le bord d’une ombrelle.

Sa peau aussi blanche qu’une morte

Nimbée d’une lumière irréelle

Elle m’apparut dans ce rêve

J’étais ivre.

La fleur du poison brillait

Dans sa pupille dilatée

06:20 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : poésie, littérature

05/12/2006

Des envies d'égout

 

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Des fois

Des fois des envies de tout détruire

De vomir des diamants

De mordre à pleines dents

La chair tendre de ces cons de passants

Envies bizarres de boire du sang

Et de jongler

Avec de petites poupées au sourire congelé

La nuit qui m’engloutit

Et qui rote après m’avoir bien digéré

Une bombe atomique enfouie dans mon foie

M’oblige à crier des mots irradiés

Comme le micro-sillon d’un squeud rayé

Dédoublement de personnalité

Ces miroirs anamorphosés qui m’éloignent

De la vision épurée

De la vérité

Je me suis visualisé

Et mon cerveau s’est senti

Aussi con qu’un caveau déserté

Dans la nuit l’envie de se tuer

En pressant trop fort le bouton de la télé-déché.

 

*Dessins : mon pote U235 alias Fred dont j’ai déjà causé ici et

ici

01:55 Publié dans Visuels | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Bd, poésie, littérature

30/11/2006

La vie des animâles

 

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L’envie de me vider

Me vint

Quand cette vilaine

Voulut

M’allumer les veines.

J’étais violet

Mes sens en ébullition

M’auraient rendu violent. 

Elle chuchota avec aplomb

Dans mon cornet acoustique

Quelques paroles plutôt lubriques

Sur la vie peu banale et désinhibée

Des singes bonobos du Congo.

Elle me prenait la tête la minette

Avec ses idées un peu simplettes

Sur les primates et leur quéquette.

Moi j’étais pas un gorille bronzé

Mais mes biceps avaient septuplé

Depuis que je me gavais

De supers gélules brevetées.

Celles du grand Chuck Norris

Qui passe à la télé après minuit

En vanter l’efficacité garantie

A des obèses pleins de varices.

J’avais du mal à me gratter

Pouvais plus plier les bras

Tendus comme les tétons siliconés

De cette traînée de Paméla.

Pourtant le temps passait

Et elle ne partait pas

J’étais coincé comme cochon d’Inde

Dans un conseil d’administration

En pays de vaches sacrées et sans aide

Je sentais monter la pression.

J’étais possédé par le diable

Mais le démon en moi débandait

Devant cette satanée blonde.

Le flot de ses paroles me berçait

Tant et si bien que je m’endormais.

Je pus habilement m’éclipser

Simulant un rancard pressé 

Berner la blonde et filer fissa.

Sur une trottinette à moteur

Je gagnai l’équateur

Débonnaire

En quête du bonheur

Ou au moins du bon air

25/11/2006

Schizophrénie party

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Il était temps de composer
Avec toutes mes personnalités

Temps de vraiment me décomposer

Trop longtemps j’eu l’illusion

De ne faire qu’un seul ego

Mais mon moi c’était l’union

De plusieurs pièces de Lego

Désormais je sais

Que je pense donc les autres aussi

Les autres moi en moi

Ne me laissent plus de bois

J’en vois de toutes les couleurs

Tout n’est pas noir ou blanc

Ma conscience a ses compartiments

Mes vies parallèles sont aussi belles

Que des séries de clones souriants

Je suis ici, je suis ailleurs

Même mon facteur en perd le Nord

J’hésite et commets des erreurs

Parce que en moi tous ces butors

Veulent balancer leur opinion

Clamer la vérité et toutes ses variétés

Suivant un style parfois retors

Rien n’est jamais pareil

Sous le même soleil

La multiplicité est un mode de pensée

Qui rend les synthèses compliquées

L’anatomie de l’unité est moins nette

J’ai compris qu’on ne comprend jamais

Succession de rôles à plusieurs casquettes

Ou le jeu des reflets fait vraiment  réfléchir

Jamais la lumière n’éclaire tout le mental

Ces paradoxes la font souvent faiblir
Au bord du lobe occipital

04:00 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : poésie, littérature

23/11/2006

Recherche baby-sitter

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Recherche baby-sitter

Pour m’aider à sucer mon pouce

Trop fatigué de lever le bras des heures

De saliver pour que ça mousse

Recherche baby-sitter

Pour m’attacher au radiateur

Quand je suis de sale humeur

Finie ma cure de Prozac

Je désire quelque chose de moins toc

Quelque chose de moelleux

Pour m’enfoncer avec bonheur

Recherche une baby-sitter

Pour m’allaiter à toute heure

De sa personne m’alimenter si bien

Et nourrir en mon sein

Des sensations avec les siens

Recherche une baby-sitter

Qui me donne le bain

Sache frotter avec ses mains

Me fasse plaisir et même rougir

Main de velours sous gant de crin

Cherchant sur ma peau

Des volumes adipeux

Ou pas

04:40 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poésie, littérature

21/11/2006

Confession de confusion

 

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Cerise sur le gâteau

De tout ce chaos

J’étais le fruit confus

D’un processus de destruction

Un mouvement de régression

Prêt à presser le bouton

Pour ma mise en orbite

Autour de ce trou béant

Cet abîme sans limite

J’étais encore hésitant

L’avenir restant muet

Je ne savais que penser

J’étais muré dans l’arène

Et la vue du taureau me troublait

C’était tentant de se tuer, maintenant

Pour éviter de se laisser déchiqueter

Mais j’étais trop vivant en dedans

Pour laisser la mort m’humilier

Je tournai le volant vers une autre voie

Je voulais changer de circuit je crois

Ne pas laisser l’abîme m’embaumer

Mon diamant verbal

Taillait dans le chaos de l’innommable

Mon espace vital

Une espèce de région habitable

 

*Photo : René Magritte, la Reproduction interdite

02:54 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : poésie, littérature

19/11/2006

La vie c'est beau comme une escalope de veau

 

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La vie c’est beau

Comme une escalope de veau

Les gens sont gentils

Avec leur gros zizi

La vie c’est triste

Comme un cornet de frites

Les gens sont cons

Comme un gros en caleçon

La vie c’est amer

Comme le saint-Nectaire

Les gens sont menteurs

Ils vous demandent l’heure

La vie c’est hostile

Comme un pédophile

Les gens mâchent du Malabar

Et matent les gros nibards 

La vie c’est facile

Comme du spermicide

Les gens font du stop

Ils jouent au loto avec leur capote

La vie c’est ringard

Comme du gros pinard

Les gens veulent changer

Sans se couper les ongles des pieds

La vie c’est stylé

Comme une lunette de WC

Les gens aiment frimer

Les pieds dans le plat de saumon fumé

La vie c’est comme tu veux

Des nouilles au dîner du caviar au goûté

Les gens sont snobs et frimeurs

Ils veulent l’argent et la cuisine au beurre

17/11/2006

Le grand saut

 

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Le grand saut

Démembrement

Au-delà de tout par-dessus ce gouffre

Plonger dans l’abîme sans trop s’abîmer

Sous terre, sous mer, survivre

Sentir le pouls des choses sous l’écorce dure

Violence créative. Mourir peut-être…

Mais vivre sûrement

Vouloir. Désirer comme la pierre

Cœur en cyclone

Voir dans le noir

Bandeau des rêves sur les paupières

Instinct d’une espèce abstraite

Magique pour quelques secondes d’hypnose

Se redresser et voler à l’éclair

Sa force

La foudre du félin

Le vouloir en tête de bélier

Sombrer une nuit

Sous le soleil d’un grand amour

03:15 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, littérature

16/11/2006

Kaléidoscope

 

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Tout était rouge

Red comme la mort

Tout était vert

D’un vert mystère

Lumière bleue

Au bord de tes yeux

Une rage orange

Me rend rêveur

Un soleil blanc

Me lave tout en dedans

Ses rayons ultraviolets

Se lovent dans mon cerveau violent

Une rose bleue

M’égratigne le blanc

Des yeux

L’air est si mauve

Qu’il me rend mou

Je deviens presque fou

Sur mon menton je bave

La nuit tous ces chats gris

Sont ils verts à midi ?

 

03:32 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie, littérature

10/11/2006

Daddy Pouf rappeur repu

 

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Il était le meilleur

Le plus hot des rappeurs

Daddy Pouf maîtrisait le flot

Le flux des mots c’était son art

Son beat punchy boxait le lard

Père de tous les rappeurs obèses

Daddy Pouf gagnait tous les défis

Que ses ennemis de la rime balèze

L’obligeaient à relever sans répit

Le hip hop l’avait sorti du clan des ploucs

Désormais dans sa Porsche Boxster

Il souriait, se souvenant de tous ces ringards

Ses chaînes en or autour du cou

Lui donnaient le style Zoulou

Daddy Pouf était fier d’être enfin une star

Il se goinfrait de hamburgers

Trempés dans des bols de caviar

Les dollars rentraient et Daddy devenait plus dodu

Dans le ghetto du Bronx

Ses frères blacks disaient

Ton bizness est plus juteux que celui d’un mac

Un bon gros big mac avec ses girls de cloaque

Lui maintenant il s’en foutait

Il était blindé à bloc

Son destin l’entraînait en TGV

Sur de longs rails de coke

08/11/2006

Inhumain trop inhumain

 

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J’étais l’inhumain

Mon âme inhumée

Dans un coin creux du corps

Scellée comme un sort

Je m’animais un peu mais dans le fond

J’étais mort

J’avais de l’or pourtant

J’avais de l’or dans mes doigts pleins de vent

Car de l’inhumanité

Naissent des pépites de pureté

J’étais l’inhumain

Je ne m’aimais pas

Tête de chien sur corps de nain

Je mimais la maladie

Comme on ment à la vie

J’étais vide et j’étais plein

Plein de vide et vivant pourtant

J’étais l’inhumain

Et je me nommais avec des mots déments

Cherchais la vérité en différant les filtres

J’étais beau et laid, grand et petit

Perdu au centre du paradoxe

Mon portrait en forme de X

Parfois l’inhumain s’animait

Mais c’était nul

Et pourtant et pourtant

Au cœur de l’inhumain

Des rêves qui surpassaient l’humain

Sous la terre enfoui le soleil vert songeait

Qu’un jour ce serait sa place

Dans ce monde inversé

La place de l’inhumain

Mauvais

Mais quand même malin

03:25 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poésie, littérature

06/11/2006

Dingo Dog et la bimbo bitch

 

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Chien fou des heures mauves

Dingo comme une algue

Agitée du bocal

Les mères sombres ramènent à la surface

De la piste de danse bébé

Ce petit bibelot bimbo

La fille objet qu’on croit cruche

La fleur fatale

Avec son cœur d’uranium animal

Dingo Dog lape le lait tourné

De cette chatte au désir tourmenté

Le chien fou fait le beau

Et dans son miroir

Le minois rose sourit

Ses petits seins séduits

Minuit c’est maintenant

Que tous les matous se grisent

L’alcool cool rend les corps flous

Sous les jupes l’origine des nuits incendiées

Se mêle de musique sexy

05/11/2006

Les trois yeux de la grâce

 

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                           Guernica (détail), Pablo Picasso

 

 

Il savait que la beauté n’est pas là

Où on croit la trouver

Il voyait

Avec l’esprit ouvert en iris vert

Replier l’espace, le casser

Faire surgir dans ce réel, ce faux-semblant

Une autre figure

Vérité plus tranchée

Enclume posée au cœur des rêves

Pour montrer enfin l’indémontrable

Capter dans l’espace la veine secrète

Cette dimension cachée

Que d’autres physiciens avaient dépeinte

Sans user des pinceaux

Son Minotaure avait su trouver

La minute précise

Où le temps sort de son rail

Les deux visage de Janus surpris

Au même moment dans la paume tendre

De son miroir de mage.

Le pinceau tendu comme une baguette de sourcier

Il chercha la fontaine de l’intarissable couleur

03/11/2006

L'âme métallique

 

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Combat

Combler les failles en bougeant très vite

Le comble, se vautrer comme une masse

Revenir au centre se relever

Combat

Bâtir ce qui toujours sera défait

Serrer les dents l’étau de l’âme

Le sang s’accélère, acéré, le feu des veines

Se relever frapper, se relever refrapper,

Jamais, non jamais le nez resté dans cette sciure

Se vider plutôt se vider de tout ce fiel

Se rendre plus dur, se rendre plus lourd

Ne jamais se rendre

Marcher, mécanique des nerfs

Marcher droit vers l’horizon qui persévère

Mental solaire, solitude et vengeance

Se livrer pour se délivrer au pire

Se rendre hermétique se donner une chance

Sentir ce goût acide

Sentir la vie

Lucide

03:10 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, littérature

26/10/2006

Ode heurt de souffre

 

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Elle savait

Sensation de tomber

Tombeau beauté tétraplégique

Langueur analgésique

Le cœur du monde se déverse

Ses larmes… des diamants

Ses cris… des miaulements

S’aventurer au-delà des dogmes

Devenir à soi-même sa propre drogue

Sentir que de la douleur infinie

Naît le sentiment indéfinissable

Savoir que 1+1= l’indénombrable

Se rincer l’œil, pour des motifs

Plus qu’hygiéniques

Devenir vivant même à l’état captif

Et puis capter l’unique

02:45 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie, littérature

24/10/2006

Homme cent visages

 

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L’homme s’envisageait

Se mirait dans l’orage

Sur la glace bien givrée

De ses miroirs sauvages

Savamment étudier les contours du nez

Se découper à la scie sauteuse

Un profil qui ferait des envieuses

L’homme sans visage songeait

Que si la nuit le voulait

Il pourrait toujours se confondre

Avec ce que l’autre désirait

Elle était belle cette image

Cette longue plage aux eaux sombres

Où les cheveux dansaient

Sous la lune en corsage

J’envisageais vos cent visages

02:57 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, littérature

23/10/2006

Amour con sommet

 

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                                 L'amour fou, Léon Lo

 

Des corps, décor décortiqué

Nageaient nageaient dans la purée

La purée pure et épurée

De mes idées de doux cinglé

Dans l’amour amadoué

Se love mon nid douillé

Dans cet espace assoupli

Navigue ma douce envie

C’est la mort c’est la vie

Tous ces contrastes décontractés

Me laissent comme un pantin tétanisé

L’âme animale devient le seul moyen

De ne pas trop rêver au-dessus des reins

02:10 Publié dans Poézizi | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie, littérature

20/10/2006

Lève-toi et marche... ou crève!

 

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L’homme qui valait trois milliards, Steve Austin, écoute-t-il du Fifty Cent ? Pour ne pas rouiller effectivement il fut un temps où l’homme bionique  le plus connu de la planète (les personnes du troisième âge portant des appareils auditifs ne sont pas comptabilisées) s’était concocté un programme d’aérobic agrémenté de musique rap histoire de rester jeun’s à la fois de corps, de prothèses et d’esprit. « La trilogie gagnante du nouveau millénaire » comme il aimait bien à le souligner en sirotant son cocktail à base de jus de concombre géant transgénique (un VRP de la firme Monsanto lui en avait vanté les vertus aphrodisiaques et sa peau phosphorescente depuis qu’il en consommait régulièrement faisait sensation aux soirées branchées des retraités de la CIA et du FBI).

Avec l’âge de ses circuits son œil bionique avait certes quelque peu perdu de son acuité, mais les courbes de super Jaimie, qu’il aimait bien mater le soir depuis son ULM quand elle dévissait ses jolies gambettes pour les brancher sur la batterie pendant la nuit, faisaient encore grimper le voltage de sa pompe prostatique ! (Steve avait souhaité un temps obtenir un sexe bionique mais c’était vu répondre par son patron Oscar Goldman acariâtre : « C’est trop cher mon gars et c’est pas parce que je suis juif que j’ai des lingots dans mon frigo ! »).

Coulant désormais des jours heureux dans une résidence cossue de l’Oregon qui lui avait été attribuée par les services secrets du gouvernement américain, Steve Austin caressait néanmoins un rêve secret : créer une fondation pour l’homme nouveau du futur.

Le projet existait déjà avec au programme : courses au ralenti (survêtement rouge exigé pour tous), soulevé d’objets très lourds en émettant un bruit vibrant caractéristique et karaoké en lisant un écran de taille normal situé à 30 mètres (textes des chansons de rappeurs connus).

Mais l’année 2001 va être celle d’une prise de conscience pour notre homme. Culpabilisant de n’avoir su intervenir à temps pour éviter le drame du 11 septembre, se sentant soudain vieillir (son footing quotidien à 90 km/h lui refilait désormais fréquemment des vertiges), il souhaite changer de nom et s’appeler « Grand Corps Démembré » et affiche sa préférence pour les mouvements d’orientations gauchiste et altermondialistes. C’est dans cet état d’esprit qu’il décide également de mettre ces trois membres bioniques ainsi que son œil en vente aux enchères au profit d’œuvres caritatives opérant dans le tiers-monde.

Sa jambe gauche sera secrètement rachetée par Marie-José Pérec qui quelques mois plus tard gagnera haut le pied la médaille d’or des jeux olympiques non officiels de course circulaire (50 tours de poteau) dans l’indifférence médiatique générale.

Néanmoins aux dernières nouvelles, se lassant de son fauteuil roulant et des quolibets de certains passants qui le traitaient régulièrement d’erreur de la nature ou de lépreux (lui comprend laid peureux), Steve Austin aurait finalement racheté de nouveaux membres à des trafiquants d’organes indiens et se serait réfugié dans un paradis fiscal d’Amérique du Sud pour écrire un livre sur la décadence du monde moderne et le culte du corps comme seule solution pour retrouver les vraies racines d’une humanité saine et en bonne santé.

En parallèle il développe une filière de vente de produits dérivés ventage (essentiellement les fameuses poupées à son image en survêt rouge) rachetées dans les marchés aux puces des quatre coins du globe que lui et ses associés (Jonathan et Jennifer les justiciers milliardaires qui depuis leur éviction de la télé vivaient de petits larcins) revendent à prix avantageux sur ebay.

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Devenu très croyant depuis la lecture du Capital de Marx (version anglaise traduite par l’église de Scientologie), il prie chaque matin à l’aurore pour qu’un miracle lui redonne la possibilité de jouer au tennis et au golf, de préférence avec une force surhumaine, mais éventuellement avec celle d’un type ordinaire. On lui aurait proposé un fort cachet pour participer à la dernière campagne publicitaire United Colors of Benetton en affichant sur des panneaux son corps nu avec ce bras jaune plus court que l’autre et ces deux jambes noires magnifiques mais inanimées (le chirurgien témoin de Jéhovah qui avait pratiqué la greffe se refusant à recourir à la transfusion sanguine avait utilisé une technique à base de velcro hypoallergique* ne permettant pas le resoudage des nerfs).  

 

*syndrome Bruce Banner : le son du velcro qui se détache peut provoquer de graves crises de tétanie chez des sujets prédisposés. 

16/10/2006

La machine à remonter dans le thon

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                           Machine Jonas (modèle bleu)

 

C’est dans un climat d’incrédulité totale de la part de la communauté scientifique que le chercheur Alphonse Mouftard a dévoilé vendredi dernier sa formidable et révolutionnaire invention.

Baptisée Jonas en référence au personnage qui selon le récit biblique aurait survécu trois jours dans le ventre d’un immense poisson, cette encombrante et impressionnante machine est destinée à reconstituer toutes les conditions utérines entourant le fœtus dans le ventre de sa mère.

Ainsi Jonas est en fait une femme-machine de dix mètres de haut capable de faire revivre à un individu adulte équipé d’un équipement spécial de plongée sous-marine les premières heures de sa vie dans la matrice maternelle. Cette simulation, on s’en doute (non ?) devrait être riche d’enseignements. 

Mr Mouftard fut le premier à expérimenté son procédé et déclare avoir réussi à faire ressurgir dans sa mémoire certaines paroles prononcée par sa propre mère à l’époque il n’était encore qu’une simple ébauche dans son ventre. Ces informations de première importance fournies à son psychanalyste, Mr Gontran Michalon (dont la ressemblance physique avec Mouftard est par le plus grand des hasards tout à fait troublante) auraient fait dire à ce dernier qu’il s’agissait d’une véritable révolution, mais le choc psychique fut tel que malheureusement il préféra mettre fin à ses jours le soir même…

La science n’est peut-être pas encore tout à fait prête à entendre certaines vérités, commente l’inventeur en lissant sa moustache d’un air énigmatique. Mais lui n’est pas homme à renoncer. La meilleur preuve étant qu’il travaille encore actuellement sur divers nouveaux projets sensationnels : la râpe à fromage atommique, la louche sans trous ou encore le préservatif-airbag.

 

P.S : l’homonymie entre le titre de cette note et le nom d’une ancienne maison close de la côte bretonne à l’époque de l’entre-deux-guerres n’est que pure coïncidence.

*Photo: Fausto de Martini

28/09/2006

Photo de cul sur la plage...

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Ce soir là l’ivresse des sens avait fait place à l’ivresse dans l’indécence… La terre et moi buvions désormais au même goulot. Sous le regard légèrement méprisant d’une mer aux courbes sensuelles mais dont le goût restait trop amer.

La main invisible du Grand Alcoolique Anonyme avait dû la nuit durant agiter sa boîte de sel Baleine au-dessus des flots purs pour que, dégoûtés, la terre et moi son prisonnier, tenus bien à l’écart, nous soyons forcés d’écluser d’autres liquides enfantés des raisins de la sublime déraison.

Sur la plage, je cherchais ma place. Mais le sable ressemblait au sable. Ca allait prendre du temps… Le temps du dernier sablier.

Mes yeux de merlan frit scrutaient l’horizon à la recherche d’un signe… ou à la rigueur d’une mouette.

 Seul maître à bord de mes débordements, je songeais à poser l’ancre pour sortir l’encrier. Naviguer sur une mer de papier buvard, cap au Nord de mes états d’âme anormaux, animé par le seul désir de renaître. Enfin.

Trinquer avec les morts et revenir en riant, au crépuscule, sous le sourire jaune du soleil en croissant de lune. Le sang vineux de la lumière vespérale dessinant sur mon visage les peintures de guerre du grand sioux sexy. Le nez rouge d’un clone de clown habité par des idées très excentriques. Celles-là mêmes qui rendent priapique.

Je fuirai la terre sur mon pédalo … en mâchant des bonbons Haribo.

19/09/2006

Savoir écrire à un éditeur.

 Important ça. Alors au cas où mon exemple pourrait inspirer de jeunes pionniers en quête du Graal éditorial, voici une lettre que j’ai réellement envoyée il y a quelques temps à deux éditeurs parisiens. Faut bien s’occuper en même temps.

 

 

 

                           Monsieur,

 

 

 

Ci-joint le manuscrit d’un ouvrage dont je pourrais dire qu’il changera certainement la face du monde si ma modestie naturelle et mon sens de la mesure se serrant tous deux les coudes ne m’empêchaient avec force de professer de telles paroles. Il s’intitule "Carré noir" . Titre dont la simplicité ne fait en somme que refléter ma personnalité et aussi, bien sûr, mon amour sincère des carrés.

Il est tout à fait vital pour moi que vous me publiez rapidement afin qu’engrangeant probablement grâce à un succès aussi foudroyant qu’inattendu de substantiels bénéfices je puisse suivre le traitement instamment préconisé par mon médecin traitant (Professeur en maraboulogie de l’université d’Abidjan) concernant l’absorption très recommandée de certaines substances malheureusement jugées illicites par la médecine officielle et la justice ainsi que la fréquentation assidue de professionnelles de la sexualité rémunérée dont les honoraires, et c’est bien regrettable, ne sont, bien entendu à ce jour rigoureusement jamais remboursés par la sécurité sociale. (Que font les associations de protection des consommateurs pour améliorer cette situation ? On se le demande !)

 

          Veuillez agréer, Monsieur etc...

 

ML

 

Bon et puis si ça vous suffit pas. Si vous cherchez un modèle encore plus mieux alors n’hésitez pas une seconde, allez voir par là: http://le-blog-de-pierre.over-blog.com/article-3605820.html

25/07/2006

Lézarde sous le soleil (fin)

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Le lézard veut reprendre la parole, mais j’ai l’impression qu’il a des difficultés à articuler. Sa nature animale le gêne, visiblement…

- Je te préviens lézard, si tu veux encore me faire chier avec tes réflexions débiles je t’écrase d’un coup d’un seul !

- La mort m’en fiche ! répond le vil animal. Si tu me tues tu mourras aussi. Je ne suis pas différent de toi.

Le lézard ne serait pas dû au hasard ? Les questions se bousculent dans ma tête. Qui suis-je ? Qui est-il ? Que me veut à la fin ce reptile lilliputien ? Que pourrait désirer un reptile en dehors de sa pitance ? Alors qu’il cesse de me mordiller le lobe de l’oreille ! Je trouve ça déplacé !

On oublie toujours de nous mettre en garde contre les lézards, mais dans chaque ville, sur chaque mur décrépit et sali, les petites bêtes sont là qui attendent, qui nous observent en silence. Un silence qui en dit long sur leurs intentions malveillantes…

Quand je me retourne pourtant, qu’est-ce que je vois ? Ça pue la charogne et des ombres se déplacent sur l’asphalte défoncée, je sens la mort qui rôde, et les lézards le savent aussi. Ils tournent tous leur tête en amande vers moi. Je leur demanderais bien comment ils savent, eux aussi, mais je n’ose pas. Mes cordes vocales sont gelées, mes mains tremblent, mes forces m’abandonnent. Je vais peut-être me rendre. A qui ? A cette absence ? Dans ce vide que les lézards observent avec résignation ?

Ils savent très bien de quoi il s’agit lorsque la faucheuse écarlate sectionne avec délicatesse nos jambes trop longues et trop fragiles. Les lézards savent bien ce que signifie fendre l’os, rompre le fil qui relie la vie à la vie. Ça ne s’enchaîne plus, ça dépérit et puis ça meurt. Le processus normal de la chute, la trajectoire de tout animal et l’humain ne fait pas exception à la règle… L’animal le plus déviant de tous, celui dont la réflexion repousse le naturel, doit lui aussi s’incliner et laisser la terrible faux trancher les racines du vrai. L’authenticité, l’amour de la justice, la droiture, l’équité, tout ça ne sert à rien contre l’ultime ennemi…

J’ai souffert d’un déséquilibre à force de trop me pencher pour jauger le reptile. Dans le déséquilibre les frontières ne se superposent plus. On déborde, l’esprit déborde sur l’infini. Un seul regard suffit pour ne plus jamais être le même. Une seule fois regarder hors du cadre, éprouver ce sentiment terrible, extrême, d’effritement. Je n’aurais jamais pu m’imaginer que l’infini allait perforer mes rétines le temps d’une fraction de seconde ! Le temps également devient minuscule, rétréci. Hors du temps, hors du tout, il se passe autre chose, très loin et tout près, sans distance, sans forme. Un néant saisissable, une façon de penser au-delà de la pensée, chevaucher l’obstacle, traverser les barreaux du sens et se faire la belle hors de l’univers dans la suprême extériorité…

Les lézards ne peuvent pas comprendre ce genre d’expérience, ils n’ont pas le vécu nécessaire. Le soleil les abrutit, les rend inertes, fige leur pensée en deçà des limites. Plus on fait le lézard, plus les choses se confondent, forment un bloc, un tout, un univers cohérent mais fermé, fermenté à force de fermeture… Une prison subtile qui renferme entre ses murailles une fausse totalité, un univers fictif en fait. Nier la présence du chaos pour mieux tracer les réseaux géométriques de l’ordonné ? Jamais on ne peut savoir jusqu’où conduit ce processus. La pensée rangée, repliée, empaquetée. Nos chaînes sont les conditions de la vie normale. Le banal, la seule version officielle du réel. L’aliénation est dans l’ailleurs paraît-il ? mais au-delà des barreaux et des limites comment pourrions-nous nous sentir plus aliénés ? Je ne comprends pas. Le lézard non plus, il s’est endormi on dirait. Je regarde cette peau verte et ridée, verte comme la nature. Contre nature, je suis trop pâle…

 

ML 2002

06/07/2006

Lézarde sous le soleil (suite)

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Mon toucher est paradoxal, il m’approche autant qu’il m’éloigne des choses molles ou fermes, rugueuses ou élastiques. Pourtant je touche à tout, mais les yeux aveuglés on ne reconnaît plus bien les formes. Le lézard se moque, je le sens bien. Il se moque de ma cécité. J’ai cessé de voir pour ne pas me blesser avec ces éclats de verre qui traversent ma rétine au moindre contact. La réalité me repousse, avec ses piquants hérissés. Je touche du bout des doigts et je me pique… Le sang se répand à mes pieds et je me sens vidé. La réalité me repousse autant qu’elle m’absorbe et le lézard regarde tout ça d’un air narquois. Seulement ça l’intrigue quand même, ce mouvement de va et vient entre la matière et l’anti-matière, entre moi et eux, les objets, vivants ou morts… Moi cela me semble banal tant j’y suis habitué à cette danse avec les éléments. J’en vois de toutes les couleurs, je suis secoué, démembré, décapité et puis soudain tout rentre dans l’ordre ! La réalité m’entraîne à nouveau vers son sas de sécurité. Je décompresse, mes poumons se vident et je sens le poison me quitter jusqu’à la fois suivante, le prochain dérapage…

Je suis le lézard, il a finalement choisi de me guider. Il me répète : « suis moi, suis moi… » mais j’ai l’impression de ne pas très bien comprendre. On dirait qu’il m’affirme sa certitude d’être lui-même : « suis moi ». Un curieux décalage du sens. Je ne sais plus trop où j’en suis. C’est tellement vague le langage… alors quand en plus c’est un animal qui s’exprime… Je me penche encore un peu plus, je tends l’oreille, perçois une sorte de grésillement. Le lézard me dévisage, son regard exprime plus que jamais une lucidité et une intelligence diaboliques. On dirait qu’il va ouvrir sa gueule démesurément et qu’elle va m’engloutir, comme dans un dessin animé de Tex Avery ! Pourtant je ne suis plus un enfant à ce qu’on m’a dit. Je ne crois plus que ce genre de chose soit possible.

Tuer l’enfant. Tuer l’enfant qui est en soi. Voilà sans doute une bonne façon de grandir ? devenir enfin un adulte, un être accompli et équilibré ? L’auto-avortement comme preuve de maturité. Mais je redoute quelque peu les complications toujours possibles dans ce type d’opération. L’embryon se rebelle. Je le sens bien qui remue dans mon ventre. L’ambition d’un embryon c’est la vie, mais je veux grandir alors il faut se résigner.

- Qu’en penses-tu lézard ?

Le Lézard sourit et hoche la tête. Il m’approuve et ça me dégoûte. On ne devrait jamais écouter un lézard sans se méfier. Le lézards ne peuvent pas bien comprendre les humains…

Mais suis-je un humain ? Jusqu’à quel point ? Même quand je regarde la pub à la télé ? L’humanité a peut-être disparu depuis longtemps ? On nous fait seulement croire le contraire, mais parfois c’est flagrant ! On se rend bien compte qu’il n’y a pas grand chose d’humain par ici. Les camps de concentration, jusqu’à quel point c’est encore le règne de l’humain ? Jusqu’au point zéro ? Le point de la pure négation ? L’autodestruction du même par le même ? Finalement nous ne sommes peut-être pas si éloignés que ça du lézard ? Le lézard aime la lumière, le soleil, mais il se cache dans l’ombre, entre deux pierres, dans les fissures…  Moi aussi, je rentre la tête dans ma propre fissure parfois, quand la lumière me fait trop mal au yeux. C’est la raison pour laquelle j’ai fracturé mes os. Pour pouvoir mieux m’abriter dans les cavités. La chair autour de mon squelette m’éloigne trop de mon centre, il me fallait plus de proximité avec moi-même, il fallait que je puisse déguster la moelle de mes propres os, me reposer à l’intérieur de mon corps éventré comme dans le tronc creux d’un vieille arbre mutilé par la foudre. Quoi de mieux que sa propre chair pour y bâtir son habitat ? Des murs que l’on connaît très bien, que l’on a vu naître au même instant que la première étincelle de conscience…

 

ML 2002

 

 

 

01/07/2006

Lézarde sous le soleil (suite)

 

 

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Le lézard m’ennuie à toujours se moquer. Se moquer de moi, se moquer du lendemain, se moquer de moi fuyant vers le lendemain. Moi, je veux bien qu’on se moque, mais qu’est-ce que ça signifie au juste ? qu’est-ce qu’on attend de moi ? Que veux-tu le lézard ? Tu me réponds ? Tu dors ? Tu lézardes ? Aimes-tu les arts ? Alors remues-toi ! Au travail ! L’écriture t’appelle, elle ne peut pas se faire sans toi. Elle se nourrit de ton sang, noir à force de pesanteur, ton sang de rampant qui adhère à la terre.

Le lézard me sourit maintenant. Est-ce possible ? Je dois être dingue, la fissure a gagné du terrain, la lézarde est remontée depuis le dos jusqu’à la nuque. Mon crâne s’est fissuré comme la coquille du poussin ! Les lézards ne sourient pas… normalement. La normalité est une notion importante, un rempart solide, le dernier des barrages empêchant que les eaux froides de la folie n’envahissent la terre. Mais les lézards, à force de sourire, vont faire céder cette muraille. La rupture est imminente. Il n’en faut pas plus qu’un lézard désobéissant pour que le monde meurt, asphyxié sous les eaux. J’aimerais éviter la catastrophe, mais en même temps, je ne peux m’empêcher de contempler le petit animal, et d’écouter ce qu’il dit… Il ne dit pas grand chose d’ailleurs, il marmonne. Il n’est pas content. Et moi, est-ce que je suis content peut-être ? Le lézard se hasarde à évoquer le passé proche, quand il n’était encore qu’un microbe, une cellule luttant pour sa survie. Je lui demande pourquoi il me raconte ça. Il me répond que c’est important, il me dit que moi aussi je n’étais rien avant, une larve, une poussière de matière transbahutée de ci de là… Et alors ? je lui réponds à mon tour. Qu’est-ce que ça peut bien foutre que je sois né du néant ? Il continue et me dit que sans passé je suis comme amputé d’un bras. Et comme, en plus, je ne suis même pas un lézard, mon bras ne repousse pas ! Je lui ai répondu qu’il exagérait, que l’absence de passé ça n’était pas si grave. A quoi ça sert le passé, puisque ça n’existe plus ? Mais le lézard réplique qu’on ne peut pas se passer du passé. Alors moi je bombe le torse et lui prétends qu’il se trompe, que pour preuve mon passé à moi je lui crache dessus, je le piétine, j’en ai rien à foutre du passé ! Seul le présent me fait bander ! Et le future c’est un peu comme un film dont on peut assurer la mise en scène ! C’est bien de pouvoir comme ça se projeter très loin au milieu de l’écran… Devenir pendant longtemps. Devenir, devenir, devenir, devenir, encore et encore et encore, tant de personnages, jusqu’à ce que même la mort nous oublie, à force…

- Mais elle ne nous oublie jamais, répond le contrariant lézard. Ton passé, tes racines, poursuit-il, si elles sont coupées comment veux-tu continuer à survivre ? Si la sève ne monte plus jusqu’aux branchages, l’arbre ne peut que pourrir.

- Tu m’ennuies lézard. Je ne suis pas un arbre, je ne suis pas en bois. Mon corps respire, mon cœur envoie le sang dans les artères et produit les sentiments, mon cerveau n’a pas besoin de puiser dans les sous-sols pour sécréter des images et des sensations.

Le lézard avait son compte, il n’osait plus répondre et cherchait un coin pour se réfugier, une lézarde dans le crépis peut-être, mais il n’y en avait pas. Tout semblait trop neuf, les murs n’avaient pas de passé, il ne pouvait plus s’échapper…  J’aurais même pu l’écraser, d’un seul coup de talon. Il ne s’y attendait sûrement pas, mais j’ai préféré ménager mes forces. Les forces il m’en faudra, pour remonter cette pente, très lisse, trop lisse, sans fissure et sans prise pour mes doigts de prestidigitateur paraplégique…

 

ML 2002

05/06/2006

Lézarde sous le soleil

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L’autre jour, je me promène au hasard. Je flâne comme on dit, je voyageais dans le vague en essayant de sentir cette odeur si précieuse, tant appréciée : l’air du temps. Mais j’avais du mal, beaucoup de mal. Sans doute le nez bouché… Je ne sentais rien. Comme dans un hôpital, l’odeur de l’éther en moins. Rien d’éthéré ici, seulement du béton au-dessus de la terre et des panneaux publicitaires. Des passants qui circulent, se croisent, se dévisagent souvent avec ce regard de chien traqué. Je suis sûr que quelque chose cloche. Un disfonctionnement quelque part… C’est certain. Pas possible autrement…

Je marche dedans. Dans cette crotte de chien… Et puis je penche la tête et regarde. C’est peut-être nous ça ? je me dis. Sûrement. Sûrement que ça s’en rapproche. La digestion avait été très lente, mais maintenant je comprenais, je sentais cette curieuse mollesse, cette odeur si pénible.

J’ai beaucoup dormi l’autre soir pour oublier tout ça. J’ai beaucoup dormi et au réveil je n’étais plus le même. Mes yeux avaient changé et je crois que j’avais grandi. C’était bizarre ce long cou qui perçait le plafond… Ma tête dans les nuages et puis tout en bas ces deux pieds minuscules, deux points noirs comme des pattes d’insecte ! Je ne savais pas comment réagir. Je me suis même dit que peut-être ce serait mieux comme ça, que j’y verrai plus loin… forcément. Mais en même temps, tous ces nuages, ça me voilait le paysage. C’était chiant. J’ai voulu redescendre, mais j’avais peur de me casser en deux. J’ai quand même fini par faire l’effort et puis, crac, j’ai senti cette vertèbre du milieu qui a cédé comme une pièce trop serrée dans l’étau ! C’était terrible ! J’étais bloqué dans la région intermédiaire, dans ce drôle d’accoutrement. Je voulais me redresser, mais c’était impossible. La douleur formait un mur de brique devant ma volonté. J’ai voulu me hisser, mais c’était peine perdue alors, renonçant, j’ai observé mes pieds. Ils étaient plus près maintenant, je les voyais mieux. Je pouvais même discerner le reflet déformé de mon visage sur le cuir tancé de ma chaussure. C’était amusant, mais quand même fatiguant. J’ai regardé un peu plus loin, à côté des souliers et près d’une fissure entre deux pavés très usés un jeune lézard  m’observait avec au fond de son œil primitif une sorte d’ironie. je voulais lui parler, mais je me suis retenu, pensant au ridicule de cette situation. Un lézard ça ne peut pas parler, ça ne peut que lézarder sur des pavés chauffés par le soleil, c’est évident. C’était tellement évident que, bien évidemment, ça en devenait douteux ! Les préjugés ont la vie dure, surtout au sujet des lézards. Un sujet d’ailleurs rarement abordé, à tord… ou à raison.

Le lézard me toisait donc de haut en bas. Il avait du mal. Il se demandait sans doute pourquoi j'étais si grand, pourquoi mon corps s’étirait ainsi de la terre jusqu’aux cieux. Peut-être s’inquiétait-il, comme moi ? Je voulus me déplacer pour écraser sous mon talon ce sale voyeur, mais j’avais beaucoup de mal à bouger. C’était vraiment inconfortable, ce long dos voûté et brisé. Je me traînais comme un handicapé et le lézard, j’eus cette impression, était sur le point de ricaner ! Mais c’était un signe. Ce lézard à mes pieds, cette lézarde dans mon dos, cette analogie imaginaire entre le haut et le bas…

Le lézard recherchait le soleil, et moi je me penchais vers l’ombre. Nous étions deux images inversées d’une même absence de sens qui par son excès de puissance renvoie à son contraire. Je me demandais ce que j’allais devenir si jamais plus mon dos ne pouvait se redresser ? et le petit animal verdâtre, quant à lui, laissait tranquillement sa queue repousser. J’étais victime de ma blessure et lui n’en avait rien à foutre qu’on lui arrache une partie du corps… Mais d’abord quelle était la raison de sa présence ? Est-ce qu’il m’attendait ? Pour me narguer peut-être ? Pour me montrer sa supériorité de petite bestiole sur ma grande carcasse mutilée ? Au prix d’un effort très humain, je réussis tout de même à m’accroupir, et sur son visage repoussant je tentais de décrypter un message. Sa peau était craquelée et ridée comme celle d’un vieux, mais l’agilité souple et vive de sa longue langue rose qui apparaissait puis se rétractait fugacement ne laissait aucun doute sur sa bonne santé. C’était certainement un être à part, un reptile ayant survécu au génocide des dinosaures. Moi aussi j’étais à part, j’étais en deux parties… Le haut et le bas. Au milieu la fracture, la lézarde… Je crois qu’on pouvait se comprendre lui et moi. D’un mouvement de tête il me fit signe que oui. Finalement il compatissait, je crois, à mon statut de lézard géant dépourvu de pouvoir, du pouvoir de régénérer ses propres blessures. C’était bien sûr injuste que je ne puisse pas réparer cette bévue. La nature m’avait mal doté, elle m’avait joué un sale tour. La salope ! Il faut toujours se méfier de dame Nature, un être perfide et mesquin qui engendre des fœtus mal formés, des maladies incurables et des tremblements de terre meurtriers ! La nature joue avec nos vies, sa vie. Elle est folle et personne ne parvient jamais tout à fait à l’arrêter, car au fond, tous, sans le savoir, travaillent sous ses ordres.

Ça me rend malade de penser que j’aurais pu, comme le lézard, réparer moi-même ma fracture, me redresser, regarder loin devant ! Mais la maladie a elle aussi son charme. Plus elle est pesante, plus on ressent combien l’emprise de la nature devient incertaine. Elle ne contrôle plus ce qu’elle a pourtant elle-même généré. Tant pis pour elle ! La maladie imaginaire sommeille dans chacune des cellules de notre cerveau. La création du chaos dangereux alimente les veines d’un poison délicieux. La création du rêve renverse les interdits, rend la nature caduque, en inverse les cycles. Le rêve du lézard revient me hanter, se faufiler entre deux songes sombres et abscons. Je me surprends à espérer qu’il puisse me venir en aide. C’est idiot, évidemment, mais plus c’est idiot plus c’est vital. Un peu comme l’amour… Je rentre la tête à l’intérieur de mon propre processus de création, je vais voir à la source ce qui pourrait bien obstruer le passage. Je veux lézarder pour l’éternité sur les murs de l’infini, m’étaler au soleil permanent de la nuit psychique, mais mon vouloir, mon désir, ressemblent trop souvent à ces fruits très sucrés qui se détachent trop tôt et viennent s’écraser à la surface trop peu accueillante de la planète terre.

A laisser comme ça le lézard obséder tous les virages de ma pensée, que va-t-il advenir à ma tête déjà bien malade ? Je n’ose envisager le pire, alors je pense à autre chose, à la couleur verte, aux petits yeux noirs, à cette langue trop inhumaine en forme de flèche inversée comme un symbole du langage retourné, de la parole retroussée, une boucle de non-communication qui n’atteint pas l’altérité.

A jongler ainsi avec les mots on peut tout renverser sur la piste éclairée. Je ne joue pas vraiment pourtant… Je fais juste semblant, j’imagine le futile, le mets en scène, en repeins les couleurs pour qu’elles attirent plus facilement le regard. Je suis là et je n'y suis pas, moi-même une fiction, un imaginaire autonome, un mirage, un fantôme, le spectre du paraître. Et le lézard lui-même veut me parler mais ne trouve qu’un rêve au lieu d’un interlocuteur., son propre désir coagulé dans la pensée... Qui suis-je au fond ? Ce lézard ? Ma lézarde ? Le petit animal va-t-il disparaître dans la lézarde ? va-t-il rejoindre l’origine de son néant ? va-t-il me revenir, ou bien va-t-il fuir pour toujours ? Est-il une métaphore ? Métaphore de mes efforts pour construire du permanent, pour que les queues tranchées puissent toujours repousser ? pour que le blessé alité puisse reboire son propre sang et à travers l’horreur apercevoir une aurore nouvelle ? Je me relève, je sors de mon tombeau, et le lézard m’y aidera en guidant mes premiers pas comme ceux d’un très jeune enfant… C’est un ami à ma taille, car je suis tout petit en dedans. Ma peau aussi est craquelée, usée par le rayonnement du jour, agressée par l’acide des mots que parfois les autres me jettent à la face. C’est pénible de devoir ramper comme un lézard, mais cela me rappelle aussi mon enfance, le bébé dans son parc, paradis d’un passé perdu… Je suis le bébé boudeur qui se penche en avant pour mieux voir. En dessous il n’y a rien, rien d’autre que le néant d’avant le temps, d’avant la naissance, la cicatrice dans l’être… Trop jeune, trop petit, je n’ai pas le recul suffisant. Je souffre en silence car mes cris sont étouffés par l’immensité, ce trop plein qui surgit partout. Le lézard m’avait pourtant prévenu, m’avait dit : tu vas voir, il fait froid dehors et toi tu es nu. Mais je ne réponds pas aux lézards. Je n’ai pas que ça à foutre, prendre au sérieux une petite bestiole ridicule ! Me voilà calé sur mes deux jambes en attendant que le ciel gronde, qu’il pleure de rage sur mon visage récalcitrant. Je veux me hisser, je veux me hisser tout en haut. J’essaie mais j’ai du mal. Mes petites jambes, mes petits bras… Tout devient minuscule dans cet univers qui m’étouffe ! Manque de place, manque d’espace, manque d’ambition… Mes yeux se murent à force de ne plus distinguer l’horizon. Peut-être faudrait-il creuser un tunnel sous l’éternité pour rejoindre le temps ? échapper à la prison du maintenant, maintenant, maintenant... ? Et puis s’élancer à travers les secondes, secouer les atomes, attraper les cheveux de la comète pour filer plus vite à travers hier, aujourd’hui et demain…

Max Lector, Apesanteur ed Le manuscrit 2002

Nourrir l'artiste

01/03/2006

David Lynch: fureur et mystère

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Si j’emprunte le titre de cette note à celui d’un recueil de poésie du grand René Char ça n’est pas par hasard ou par simple effet de style… Toute l’œuvre de Lynch suinte d’une terrible et lumineuse beauté poétique.

Les contrastes sont partout et d’autant plus extrêmes qu’entre leurs termes, entre les célèbres Twin Peaks d’intensité opposée, entre la brune ténébreuse, le charme vénéneux des nuits interlopes où s’immisce l’ombre du crime et cette blonde pure et presque candide en surface, cette jolie lauréate de concours de beauté (Laura Palmer) sous le soleil nostalgique d’une vie de province bien tranquille, circule comme le perfide serpent de la genèse un arc électrique qui vous fouette littéralement l’âme, qui la fait délicieusement reculer d’effrois devant l’incommensurable abîme ainsi offert à la vision du spectateur investi de la délicate mission de découvreur… Car le nouveau monde est bien là, presque à sa portée. A portée du regard en tout cas… Le monde des dieux terribles aux visages voilés, qui ne daignent communiquer qu’à travers d’étranges messagers mythiques, nains en costume aux couleurs de l’aurore, géant au crâne néolithique ou enfant magicien. Sorcière berçant son enfant bûche enfanté de la terre noire des rêves, celle où se dissimule d’étranges cryptes aux murs voilés de rouge… Etres au corps mutilé qui ont dans d’autres dimensions les pouvoirs que la réalité leur a ôtés… Méchants à la face d’ogres mythologiques dont seule la noirceur d’âme caricaturale s’avère capable de défoncer comme un bélier les murs cendreux du cauchemar.

Bienvenue sur la Lost highway. L’autoroute sur laquelle la sensation de vitesse ou peut-être de chute sans fin sous le soleil de minuit procure l’ambivalente extase. 

 

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Twin Peaks: la red room